En début d’année 2006 je ressens un très vif besoin de communiquer. Je fais un tour d’horizon pour trouver qui je pourrais
contacter.
Mon premier mariage raté a chassé la majorité de mes amis. Personne n’aime la compagnie d’un couple qui se dispute, surtout quand la violence verbale
s’accompagne de violence physique.
Mes demandes de témoignage en faveur de mon fils maltraité ont achevé de convaincre le peu qui restait qu’il était urgent de couper toute relation avec
moi. La peur des représailles de la part de mon conjoint et de sa famille (très influente dans la région) étant un motif tout à fait recevable.
De retour à Paris, submergée par les tourments du divorce et l’horreur des droits de visite, je n’étais pas motivée pour me faire des amis. Le peu que
mes collègues connaissaient de ma vie privée ne les incitait pas à me fréquenter en dehors des heures de travail
Je ne pouvais avoir confiance en personne, sachant que mon ex cherchait à me faire perdre la garde de notre fils. Une confidence malheureuse pouvait
remettre en jeu mon droit de garde.
Je ne parlais pas davantage à ma famille afin de ne pas ajouter à sa tristesse. Ma mère et ma sœur qui assistaient parfois au départ ou au retour de
droit de visite en souffraient énormément et je me sentais responsable.
Ma fuite en l’Afrique a mis un point final aux quelques relations de travail. Pour ma sécurité et pour la leur, je ne devais avoir aucun contact avec des
personnes vivant en France.
En treize ans d’exil, j’ai fait de nombreuses connaissances. Les expatriés se lient et s’entraident tout naturellement. Les relations sont
superficielles, assez semblables aux amitiés de vacances. De retour en Europe, n’ayant plus de préoccupations communes, les liens se défont comme ils se sont noués.
J’ai tenté de garder contact avec mon amie belge, celle qui m’a aidée à rentrer en France. Malheureusement, à part ressasser nos souvenirs d’Afrique,
nous n’avons plus rien à partager. Elle mène une vie oisive et festive, je passe mon temps à travailler.
Du côté familial ce n’est pas mieux. Ma mère a quitté ce monde, ma sœur (n°3) ne m’a jamais comprise, mes autres sœurs ne m'intéressent
plus.
Mon fils a sa vie, son épouse, ses enfants et il est trop impliqué par mes souffrances pour ne pas culpabiliser.
Mon mari ne m’écoute pas ; quand j’essaie de parler, croyant me réconforter, il tourne les événements en dérision.
Quand au hasard des rencontres, quand je crois trouver une oreille compatissante, le scénario est toujours le même. La personne m’écoute d’un air de plus
en plus gêné et lance la fameuse phrase : « Bon, maintenant, c’est fini tout cela, il faut oublier… »
Ces mots me mettent en colère. J’enrage… contre moi, mon manque de discernement, il est clair que j’ennuies tout le monde avec mes
histoires !
Je ne vois qu'une solution : écrire un blog.
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