Les économies que nous avons (peu car par manque de sagesse nous avons profité de la vie au lieu d’économiser) servent à racheter une partie de nos meubles et
assurer les dépenses en cours. Nous devons maintenant payer le loyer et l’électricité qui sont très chers.
Boris essaye de sauver la situation en trouvant un repreneur pour l’usine mais l’installation est trop énorme, personne n’accepte de se lancer dans l’aventure. Il
reprend ses livraisons de légumes aux revendeurs et instaure un système de commandes de paniers. Les paniers arrivent tout prêts au nom de la cliente. On y ajoute souvent une surprise : des
asperges, des fraises, de l’oseille (des denrées que l’on ne trouve pas ici).
Avec les légumes arrivent aussi des fruits de la passion, c’est la saison mais la consommation est très faible. Boris qui n'arrive pas à les vendre. les garde dans
des caisses chez nous.
J’ai du temps libre, ,je ne vais plus à la gym et je ne trouve pas de travail. Je cherche à utiliser ces fruits qui m’encombrent. Je fais des gelées et des jus de
fruits. Ces jus sont très bons, j’ai trouvé le bon dosage d’eau et de sucre. Tout le monde est unanime, c’est délicieux !
Je prépare des bouteilles et Boris en offre une avec chaque panier. C’est un succès, nous avons des commandes.
Pourquoi ne pas commercialiser ce jus sur une plus grande échelle ? La saison des fruits ne dure que trois mois ; il faut faire des réserves. Boris a
démarché un fabriquant de yaourt qui est intéressé par le jus concentré. Il propose de nous prêter une chambre froide pour stocker nos bouteilles en contrepartie de la fourniture gratuite de
quelques litres.
J’ai embauché 5 personnes pour m’aider (il faut ouvrir les fruits et presser la pulpe qui entoure les grains).
Boris raconte partout que nous allons gagner " des millions et des milliards " avec ce jus… cela attire la convoitise du fabriquant de yaourt qui propose
de racheter tout le lot pour quelques francs car il déduit les frais de stockage !
Nous refusons, il nous donne 8 jours pour libérer la chambre froide et garde une centaine de bouteilles en paiement. Boris parle de notre problème à une de ses
clientes, Mme Parks qui propose une association pour la fabrication du jus. Elle loue une chambre froide et nous déménageons les bouteilles.
Mme Parks prend à sa charge le paiement des gens qui font le jus chez moi (une quinzaine de personnes maintenant). Nous travaillons de 6 heures à 16 heures, il y a
du jus partout, ça colle, nous sommes épuisés mais l’ambiance est géniale. Nous attendons avec impatience l’autorisation d’exploitation, le local est déjà trouvé.
Boris est arrêté par la police, et placé en détention. Il est accusé d’avoir proféré des injures contre le Président (c’est le motif classique d’expulsion). C’est le
fabriquant de yaourt qui a trouvé ce moyen pour se débarrasser de nous et exploiter le jus de fruit.
Mme Parks fait libérer Boris mais elle est furieuse : il a failli tout faire échouer par ses bavardages stupides. Dans sa rage, elle tarde à payer la facture
d’électricité du local, le courant est coupé et toutes les bouteilles de concentré fermentent et explosent…
Je suis désespérée, tant de travail, tant d’espoir réduits à néant…
Mme Parks me convoque. Elle est furieuse contre moi : elle dit que j’aurai pu avoir " la dignité " de venir l'aider à mettre toutes les bouteilles à
la benne !
Je lui hurle à la figure que c’est sa faute, que j’ai travaillée plus de 10 heures par jour pendant trois mois, que par sa faute je n’ai plus rien, qu’elle devrait
avoir au moins " la dignité " de s’excuser et reconnaître que tout cela est du à sa négligence !
Elle me croyait docile et soumise, ma réaction la séduit.
Elle s’excuse et me propose de travailler avec elle dans son agence immobilière. J’accepte bien que ce travail ne m’enchante pas, je vais sortir de l’isolement dans lequel je vis depuis trois
mois et l’énergie de cette femme m’attire.
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