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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir.

 


Le début de mon histoire...

 

 

 Avertissement : J'ai enfin fini la reprise de mes anciens articles. Je peux donc continuer mon blog...

J'ai créé une catégorie  supplémentaire :

La médecine et moi : Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon parfois "spéciale" de soigner.

 

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Une religieuse vient me chercher, elle parle avec douceur, si j’ai besoin de quelque chose, il suffira d’appeler. Elle me conduit à ma cellule, son visage bienveillant me fait du bien. Elle me propose de l’eau, une cigarette… Je veux bien une cigarette, elle me tend du feu. Amusant cette sœur en cornette qui sort un briquet de sa poche et me tend du feu.

Elle veut savoir pourquoi je suis là. Moi je veux savoir comment les choses se passent et surtout quand on va venir me chercher. Je n’ai pas à m’inquiéter, une heure avant l’audience elle tiendra les documents prêts, quand les policiers chargés de venir me chercher lui seront annoncés, elle me donnera un comprimé calmant comme je l’ai demandé.

Je commence à attendre, les minutes durent des heures. La sœur me demande d’aller tenir compagnie à une jeune fille qui ne cesse de pleurer depuis qu’elle est arrivée dans une cellule voisine.
Je ne comprends pas pourquoi la sœur me demande ça mais j’accepte. La petite a dix neuf ans, d’origine italienne elle a fugué pour venir à Paris. Elle est tombée entre les mains d’un proxénète. Elle va être expulsée car ses papiers ne sont pas en règle. Elle est contente d’être expulsée, elle ne savait pas comment sortir du piège où elle est tombée. Elle craint la réaction de ses parents.
Je la réconforte, l’encourage comme je peux. Sur le moment je n’ai pas trop le cœur à aider les autres, je n’ai envie de penser qu’à moi…

D’autre femmes sont amenées en cellule. L’une d’elles arrive en hurlant, les policiers la font avancer de force, elle les insulte, crache sur eux. Les formalités d’entrée durent longtemps. C’est triste.
Quand les sœurs la prennent en charge, elles se font aussi insulter. C’est moche ! Je garde rancune aux sœurs depuis mon expérience au lycée religieux, mais là il faut reconnaître qu’elles ont un rôle très bénéfique. 

Elles nous servent un plateau repas avec des sandwiches. L’heure du mon procès approche, je m’impatiente. Douze heures quarante cinq, treize heures, treize quinze, treize heures trente… je devrais être dans la salle d’audience ! On vient chercher ma compagne de cellule, puis les autres prisonnières, je reste seule à attendre… Les sœurs  téléphonent, vont se renseigner dans d’autres bureaux, rien, personne ne me réclame…

Je tremble, j’ai froid… Quinze heures moins dix, le téléphone sonne, la sœur hurle : " Oui, bien sûr qu’elle est là… oui, elle est prête !… tout de suite… "
Une sœur me sort de cellule, les policiers entrent en courant, les formulaires sont échangés, signés tamponnés en un temps record. La sœur nous pousse dehors, en disant " courage, ça va aller ".


 
 
 
Mercredi 31 mai 2006
publié dans : 1991 (le procès)
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Les enfants ont refusé de ma laisser venir seule au Palais de Justice. Ils vont devoir attendre jusqu’à 13 heures 30.
Je les embrasse et franchis le porche avec mon avocate. Je me retourne, ils pleurent, appuyés l’un contre l’autre. Je tremble de tout mon corps.
L’avocate murmure : il faut tenir bon… mais elle a les yeux pleins de larmes.
Le bureau où je dois me constituer prisonnière n’est pas encore ouvert. Nous allons attendre dans une cafétéria qui se trouve dans l’enceinte du Palais.
Mon avocate a passé la nuit à préparer mon dossier. A la dernière consultation elle a relevé deux éléments nouveaux : la lettre que j’avais faite avant de partir pour expliquer les raisons de mon geste, a enfin été produite et quand le juge d’instruction a demandé à mon ex de retirer sa dernière plainte, il a refusé disant qu’il ne souhaite pas revoir son fils, qu’il veut seulement lui montrer que l’on doit respecter la justice.
Nous pénétrons dans un petit bureau, je ne comprends rien à ce qui se dit entre mon avocate et son interlocuteur (un juge je crois) qui finit par s’adresser à moi. Je confirme mon identité, il me lit les motifs de mon arrestation, cite des dates, des articles de loi… mon avocate me donne les réponses, je ne fais que répéter.
Deux policiers entrent, me passent les menottes, mon avocate me serre la main très fort.
Je suis emmenée au travers d’un dédale interminable de couloirs et d’escaliers souterrains. Les menottes font mal dans les escaliers, il faut avancer l’un derrière l’autre et la barre rigide qui permet au policier de me tenir est très courte.
Après avoir passé plusieurs sas, nous arrivons dans une grande salle très éclairée. A gauche, des cellules vitrées fermées par des grilles et des femmes à l’intérieur. A droite des petits bureaux vitrés eux aussi.
Les policiers me remettent à une femme à l’air revêche. Ils échangent des papiers, des signatures et des coups de tampons. La femme me fait déposer dans une corbeille tous les objets que je possède, alliance comprise. Elle en fait un inventaire que je signe. Elle a mit à part mes cigarettes et mon Valium (nous sommes inséparables depuis l’âge de 14 ans), ce n’est pas le moment que je fasse une crise de tétanie.
Elle prend mes empreintes.
Une autre femme à l’air aussi aimable que la première, vient me chercher. Je remarque qu’elle porte une arme. Elle me fait déshabiller complètement et me palpe méticuleusement.
Elle vérifie si je n’ai rien dans la bouche, les oreilles, met un gant en latex et dit " mains sur le bureau, jambes écartées". Je serre les dents en retenant mes larmes. J’attends… il ne se passe rien… " Debout ! "
Quand elle revient devant moi pour remplir son formulaire, je cherche en vain son regard. J’ai compris : il y a des caméras partout. En me baissant pour remettre mes chaussures, je dis " merci ". En me relevant, ses yeux rencontrent les miens l’espace d’une seconde, elle a apprécié mon mot de gratitude.
Elle me ramène dans le premier bureau, mes affaires sont mises dans un sac étiqueté et emportées…

Je suis vidée, je ne pense plus à rien, mon esprit tourne à vide, j’obéis, c’est tout…




 

 

 

 

 

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Mardi 30 mai 2006
publié dans : 1991 (le procès)
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Au cours de la semaine qui précède le procès, nous achetons des vêtements de saison. Miguel découvre les grands magasins. Je retrouve des sensations oubliées. Miguel s’étonne de tout et cela amuse les gens qui doivent se demander d’où il sort…
Nous rions de tout, nous parlons à tout le monde comme cela se fait en Afrique.
Je suis parfaitement détendue, presque euphorique. Mon avocate dit que c’est normal. Après avoir fui la justice pendant des années, je sois soulagée d’en finir enfin.

Je ne sais comment faire pour que Miguel puisse disposer d’un peu d’argent quand je serai en prison. Je ne peux pas compter sur ma sœur et je ne veux surtout pas qu’il dépende de sa famille paternelle qui en profiterait pour exercer sa dominance.

Je vois encore l’expression du visage de ma responsable de compte quand je lui ai demandé comment faire pour que mon fils puisse retirer de l’argent quand je serai en prison. J’ai bien cru qu’elle allait sonner l’alarme…
Je ne pouvais lui donner les raisons de mon emprisonnement futur car elle ne m’inspirait vraiment pas confiance. Pour la rassurer j’ai dit que l’argent dont je disposais n’avait pas été volé, mais elle a continué à avoir peur. Elle avait hâte de nous voir partir.
J’ai redéposé ma signature (en treize ans elle a évolué) et fait enregistrer celle de mon fils. J’ai en poche une procuration à son nom que je pourrais envoyer le cas échéant.
Je suis inquiète car je sais qu’il n’est pas suffisamment mature pour gérer l’argent dont je dispose. J’ai peur qu’il ne dilapide ce petit pécule destiné à sauvegarder notre autonomie. Pour le moment je n’ai pas de solution…
 
Rosalie est étonnamment gentille avec moi, plus qu’elle ne l’a jamais été. J’en serais ravie si elle ne se comportait pas envers sa mère comme elle le faisait avec moi en Afrique. Même visage de marbre, mêmes réponses glaciales, même indifférence… ça me met mal à l’aise…

Le veille du procès, je prépare mes affaires, je dois me présenter très tôt devant le Palais de Justice de Paris où j’ai rendez-vous avec mon avocate.
C’est incroyable mais je m’endors paisiblement.
 

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Lundi 29 mai 2006
publié dans : 1991 (le procès)
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Avant mon départ j’ai téléphoné à ma sœur pour lui dire que j’arrivais. Elle a hurlé : " tu ne pouvais pas le dire avant, mon mari et moi ne sommes pas à ta disposition, il va lui falloir du temps pour tout organiser et en plus tu n’arrives pas en France? tu ne crois quand même pas que nous allons venir te chercher…

Je l’ai laissée dire, puis lui ai annoncé que son mari n’aurait rien à organiser, qu’ils n’auraient pas à bouleverser leurs habitudes et qu’ils n’auraient pas à venir me chercher puisque j’ai tout organisé sans eux.
Il suffira qu’ils se présentent le jour du procès comme cela est convenu. Ils n’auront pas à m’héberger car je serai plus en sécurité chez Rosalie où la police ne risquera pas de me trouver.
Il est possible en effet qu’un avis de recherche soit lancé après que les policiers m’aient attendu inutilement à l’aéroport.
J’ai été ravie de dire à ma sœur que je n’avais pas besoin d’elle…
 

Tous les livres policiers vous le diront, Paris est un excellent endroit pour se cacher. Il suffit d’emprunter les transports en communs.
Ma première visite est pour mon avocate. Depuis qu’elle sait qu’elle sera seule à me défendre nos relations se sont resserrées. Les dernières formalités accomplies, nous allons déjeuner. Elle a besoin pour me défendre de s’imprégner de ma souffrance, elle me pose beaucoup de questions et boit mes paroles… C’est avec ça qu’elle va faire sa plaidoirie car son dossier est vide.

Une mauvaise nouvelle est venue s’ajouter : la juge d’instruction a mis en marge de mon dossier l’attestation de moralité que le Consul a envoyé spontanément en la qualifiant de " tentative d’influence ".
C’est ridicule, à l’étranger le Consul n’est pas plus important qu’un Maire, il n’a fait que son devoir envers un ressortissant français…

L’avocate me prépare au pire. La prison que je dois choisir (on va m'en proposer deux), comment " cantiner " (acheter son dentifrice, sa brosse à dent). Elle m’explique en détail comment les choses vont se passer quand je vais me constituer prisonnière. J'ai l'impression qu'elle me parle d'un film. Je n'arrive pas à réaliser que cela va m'arriver !

En la quittant je rencontre ma sœur et son époux qui ont été convoqués en vue de mettre au point leurs témoignages. Les relations sont tendues, nous prenons un café ensemble mais je refuse de dîner avec eux.

Le soir mon avocate m’appelle : mon beau frère a sorti son chéquier en soupirant et d’un air las a demandé combien je devais…
Ce geste plein de mépris envers moi, l’a tellement révoltée qu’elle a refusé disant que je ne devais plus rien.
Maintenant elle est embarrassée car en réalité je lui dois encore une petite somme. Elle est désolée car j’aurais peut-être eu besoin de cette aide financière mais elle n’a pas pu résister au plaisir de remettre ce prétentieux en place.
Mais oui, quelle a bien fait ! je la remercie chaleureusement. Nous sommes vraiment devenues très proches !




 
 

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Samedi 27 mai 2006
publié dans : 1991 (le procès)
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Nous déjeunons tranquillement, plus exactement je fais croire que je suis calme, puis nous allons à la gare. Mon amie tient à me montrer la ville mais je n’ai pas l’esprit à faire du tourisme… elle prend mon billet au distributeur pour que je ne me fasse pas remarquer.

Nous sommes sur le quai avec ses deux grands enfants. Tout à coup une dizaine de gendarmes investissent le quai. D’autres bloquent la sortie. Je vais échouer si près du but, à moins de trente minutes de la réussite.

Le quai est devenu silencieux, les gendarmes avancent doucement en contrôlant les identités.
Ils sont à vingt mètres, ils sont à quinze mètres… Mon amie se met à parler et à rire très fort, ses enfants font de même, j’ai compris, je fais comme eux. Nous avons l’air de quatre lourdauds…

Les gendarmes nous dépassent sans même un regard, le train va arriver, ils ne sélectionnent plus que les gens " louches "…
Quand je suis dans le train mon amie pose sa main contre la vitre nous nous regardons longuement, elle ne rit plus, elle a eu très peur.
Je regarde le paysage défiler, la frontière est si loin que ça ? On annonce par le haut parleur que nous sommes en France. Enfin ! je suis revenue chez moi.

A Paris, je suis attendue par mes deux enfants. Mon amie leur a téléphoné mon heure d’arrivée.
De loin, j’ai regardé leurs deux visages angoissés quand ils me cherchaient dans la foule des voyageurs, j’ai reçu ce message d’amour qui me fait chaud au cœur.

J’oublie pour quelques heures le procès et ses conséquences pour savourer la victoire de mon retour sans avoir été interceptée par les autorités.

A certains moments, il faut savoir se réjouir de l’instant présent pour trouver la force d’affronter l’avenir…

Il faut maintenant que je me reprenne, mes craintes frisent la paranoïa. La peur sur la quai était injustifiée. Si j’avais dû être interceptée, c’était quelques heures auparavant par la police de l’aéroport. Je ne suis quand même pas l’ennemi public n°1…





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Vendredi 26 mai 2006
publié dans : 1991 (le procès)
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