Les enfants ont refusé de ma laisser venir seule au Palais de Justice. Ils vont devoir attendre jusqu’à 13 heures 30.
Je les embrasse et franchis le porche avec mon avocate. Je me retourne, ils pleurent, appuyés l’un contre l’autre. Je tremble de tout mon corps.
L’avocate murmure : il faut tenir bon… mais elle a les yeux pleins de larmes.
Le bureau où je dois me constituer prisonnière n’est pas encore ouvert. Nous allons attendre dans une cafétéria qui se trouve dans l’enceinte du Palais.
Mon avocate a passé la nuit à préparer mon dossier. A la dernière consultation elle a relevé deux éléments nouveaux : la lettre que j’avais faite avant de partir
pour expliquer les raisons de mon geste, a enfin été produite et quand le juge d’instruction a demandé à mon ex de retirer sa dernière plainte, il a refusé disant qu’il ne souhaite pas revoir son
fils, qu’il veut seulement lui montrer que l’on doit respecter la justice.
Nous pénétrons dans un petit bureau, je ne comprends rien à ce qui se dit entre mon avocate et son interlocuteur (un juge je crois) qui finit par s’adresser à moi.
Je confirme mon identité, il me lit les motifs de mon arrestation, cite des dates, des articles de loi… mon avocate me donne les réponses, je ne fais que répéter.
Deux policiers entrent, me passent les menottes, mon avocate me serre la main très fort.
Je suis emmenée au travers d’un dédale interminable de couloirs et d’escaliers souterrains. Les menottes font mal dans les escaliers, il faut avancer l’un derrière
l’autre et la barre rigide qui permet au policier de me tenir est très courte.
Après avoir passé plusieurs sas, nous arrivons dans une grande salle très éclairée. A gauche, des cellules vitrées fermées par des grilles et des femmes à
l’intérieur. A droite des petits bureaux vitrés eux aussi.
Les policiers me remettent à une femme à l’air revêche. Ils échangent des papiers, des signatures et des coups de tampons. La femme me fait déposer dans une
corbeille tous les objets que je possède, alliance comprise. Elle en fait un inventaire que je signe. Elle a mit à part mes cigarettes et mon Valium (nous sommes inséparables depuis l’âge de 14
ans), ce n’est pas le moment que je fasse une crise de tétanie.
Elle prend mes empreintes.
Une autre femme à l’air aussi aimable que la première, vient me chercher. Je remarque qu’elle porte une arme. Elle me fait déshabiller complètement et me palpe
méticuleusement.
Elle vérifie si je n’ai rien dans la bouche, les oreilles, met un gant en latex et dit " mains sur le bureau, jambes écartées". Je serre les dents en retenant
mes larmes. J’attends… il ne se passe rien… " Debout ! "
Quand elle revient devant moi pour remplir son formulaire, je cherche en vain son regard. J’ai compris : il y a des caméras partout. En me baissant pour
remettre mes chaussures, je dis " merci ". En me relevant, ses yeux rencontrent les miens l’espace d’une seconde, elle a apprécié mon mot de gratitude.
Elle me ramène dans le premier bureau, mes affaires sont mises dans un sac étiqueté et emportées…
Je suis vidée, je ne pense plus à rien, mon esprit tourne à vide, j’obéis, c’est tout…
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