Ma mère m’en veut d’avoir voulu mettre fin à mes jours. Elle n’accepte pas. Au lieu de me réconforter, elle m’accable de reproches. Ce n’est pas de ma détresse dont
il est question, c’est de la sienne…
Elle ne cesse de répéter : Pourquoi tu m’as fait ça ? tu n’as pas pensé à moi ?
Non, je n’ai pas pensé à elle ! et je n’arrive même pas à culpabiliser…
J’ai l’impression qu’elle me vole ma douleur.
Elle dit que je suis lâche mais ce n’est pas vrai. J’ai seulement perdu la raison.
Elle semble croire que mon amour pour Greg n’est qu’une simple amourette. Ses reproches empêchent toute confidence. J’aurai voulu lui dire mon secret, que je me suis
donnée à lui, que sa petite fille a perdu sa virginité par amour.
Je n’ai pas été lâche, j’avais simplement trop mal ! Je ne voulais plus voir les images qui m’obsédaient. Mon Greg faisant l’amour à cette grosse vache
stupide. Je voyais ses cils recourbés, ses lèvres, son sourire, ses cheveux bouclés… et je l’imaginais avec cette fille, nus, enlacés.
En revenant peu à peu à la vie, je me découvre autre. Les choses n’ont plus d’importance, je promène un regard indifférent sur tout.
La mémoire me joue des tours, j’ai du mal à retenir les cours, mon esprit reste engourdi.
Quand je marche j’ai la sensation d’avoir bu.
Cela m’importe peu, de toute façon ma vie n’a plus d’importance, elle sera ce qu’elle sera et tant mieux si je sombre au fond du gouffre.
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