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J’ai été élevée dans la haine envers ma grand-mère. Mon père est mort alors que j’avais dix huit mois et comme il est nécessaire de
trouver un responsable lorsqu’un grand malheur s’abat, ma mère a trouvé dans sa belle-mère la responsable toute désignée.
Elle la disait responsable d’avoir laissé son enfant fréquenter les militaires qui s’amusaient à le faire boire alors qu’il était encore enfant – c’était la guerre
– et s’engager dans l’armée. C’était disait-elle à cause de cela qu’il était mort à quarante deux ans d’un infarctus.
Nous étions cinq sœurs, l’aînée avait dix huit ans. Ma mère ne travaillait pas, elle ne savait rien faire. Ma Grand-mère nous faisait parvenir de nombreux colis de
nourriture et de vêtements mais ce n’était jamais bien, jamais suffisant… les pommes de terres étaient petites et les vêtements étaient moches…
Nous passions toutes nos vacances chez elle surtout après le décès de son deuxième époux, le premier ayant été tué à la guerre. Pour moi c’était le bonheur, toute
cette nourriture, ces desserts, ces cadeaux, mais on me disait que ce n’était rien, qu’elle avait beaucoup d’argent et qu’elle ne nous en donnait pas.
On me disait qu’elle menait grande vie, qu’elle voyageait, qu’elle allait à la mer. Je n’étais jamais allée à la mer, alors ça me faisait envie. J’ai compris plus
tard qu’il s’agissait soit du voyage annuel de la paroisse sur des lieux de pèlerinage ou du voyage des anciens cheminots à Trouville !
Il n’y avait vraiment pas de quoi être jalouse !
Lundi 9 janvier 2006
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00:39
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Publié dans : 1948 / 1969
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Par Camomille
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