Avertissement : J'ai enfin fini la reprise de mes anciens
articles. Je peux donc continuer mon blog...
J'ai créé une catégorie supplémentaire :
La médecine et
moi : Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon parfois "spéciale" de soigner.
J'ai refusé de convenir d'un signe de reconnaissance pour voir si nous sommes capables de nous reconnaître - dans la négative, nous avons nos portables... A la gare je passe devant elle puis fais demi-tout, elle aussi a le regard braqué sur moi mais elle ne fait pas un geste.
Je demande : « Françoise ? » Elle répond « Oui ». Je m'attendais à de chaudes effusions mais son visage reste fermé. Elle réprime même un mouvement de recul quand je l'embrasse. Je lis dans ses yeux que mon aspect lui déplait. J'ai vieilli mais ça, elle devait s'y attendre...
Pendant que nous nous dirigeons vers sa voiture, je cherche quelle peut-être la raison de sa froideur. J'ai pourtant pris soin de m'habiller sobrement, je ne porte pas de bijoux autres qu'une montre et une alliance... il ne reste donc que mon obésité qui puisse la dégoûter ainsi. Françoise a beaucoup changé, en bien. Elle est mince et d'allure sportive. J'aime la coupe très courte de ses cheveux, son jean et son tee-shirt rose décolleté assorti au gilet posé sur les épaules.
Elle m'emmène voir mon ancien lycée. Nous n'avons pas de souvenirs communs dans cette ville.
C'est beaucoup d'émotions pour moi. Je tremble, j'ai envie de pleurer. Je ne suis pas certaine que mon trouble soit dû à mon retour aux sources, mais plutôt à la sensation que les retrouvailles vont être un fiasco.
Nous mangeons à la terrasse d'un restaurant sur la grand-place de la ville. Comme à Paris, le maire a fait installer « une plage ». C'est agréable mais bruyant, il est impossible de parler. Après un dernier tour de ville, nous allons chez elle, dans son village.
Je veux qu'elle me raconte sa vie depuis que nous nous sommes quittées. Elle s'est un peu détendue mais les mots ont du mal à sortir. Je l'aide en posant des questions. Elle s'agite, s'énerve, montre des photos pour éviter de répondre. Elle a du mal à respecter la chronologie des faits. J'ai un avantage sur elle : mon blog dont l'écriture m'a permis de hiérarchiser les événements de ma vie. Le récit de Françoise part dans tous les sens, les dates se mêlent et j'ai quelques difficultés à comprendre.
La situation vis à vis de son ex me semble trouble. Elle dit qu'il est parti depuis plusieurs années avec une autre dont il a un enfant mais en même temps elle me montre le courrier qu'elle reçoit chez elle. Elle paye ses factures, pointe sa banque, gère ses impôts... Elle dit avec fierté que son ex lui a donné procuration car sa nouvelle dilapide l'argent. Françoise agit en tutrice des biens du ménage.
J'ai du mal comprendre, je questionne encore.
Acculée, elle tombe le masque. Elle avoue que ce type qui lui a fait un enfant, l'a trompée à de nombreuses reprises, puis finalement quittée, qui a plus ou moins vécu à ses dépends, continue à se servir d'elle. Elle conclut en disant « c'est ça l ‘amour » !
Elle ne semble même pas jalouse des autres femmes. Elle s'inquiète pour lui, le plaint d'avoir une femme qui dépense tout son argent. On croirait entendre une mère parlant de son enfant.
C'est à mon tour d'être déçue. Je dois accepter. Cela ne me regarde pas. Françoise mène sa vie comme elle l'entend. L'essentiel est qu'elle y trouve du bonheur.
Je suppose qu'elle attendait autre chose de moi. Que je la soutienne, que je la conforte dans son attitude.
Dire que je comprends ne lui suffit pas. Elle attendait une adhésion totale.
Elle a soudain honte de s'être montrée à nu devant moi. Elle déteste mon regard étonné. Elle avait presque pardonné mon obésité, elle ne pardonne pas ce qu'elle considère comme une nouvelle trahison.
Il n'est que cinq heures de l'après midi et j'ai le sentiment qu'elle a envie que je parte. Elle dit des banalités, ce que je fais ne l'intéresse plus, elle m'envoie « des piques » du genre « ton histoire n'a rien de surprenant, tout le monde savait que ton ex était cinglé... » .
Comme pour se donner une contenance, elle cherche des photos dans toute la maison. Je m'en fiche des photos de gens que je ne rencontrerai sans doute jamais. Les moments de silence sont de plus en plus pesants.
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