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2 mars 2006 4 02 /03 /mars /2006 12:36

 

 
Je vais souvent chez le médecin, il sait tout et insiste pour que je parte avec mon enfant le plus tôt possible. Il dit que cela va mal finir, il craint le pire pour nous.
Une nuit, je viens de m’endormir, James me lance un verre d’eau au visage, ricane et retourne devant la télévision. Il fait ça plusieurs fois par nuit pendant plus d’une semaine. Il ne jette pas que de l’eau, il verse les cendriers pleins, du linge sale et même les poubelles. Il est en vacances, lui peut veiller toute la nuit. Il m’a dit plus tard que son idée était de me rendre folle pour me faire interner…
Je retourne chez le médecin, il faut qu’il m’aide à tenir le coup. Mon stage se termine dans quelques jours et cette fois je vais avoir mon diplôme. Je prends des médicaments qui m’aident à rester éveillée.

J’ai réussi, je suis confirmée dans mon poste! Je suis épuisée! C’est vendredi, James a emporté des vêtements, il ne rentrera pas du week-end. Je prépare mon petit bonhomme pour la nuit, le couche… et dans un état second, que je ne m’explique toujours pas, j’avale des médicaments, n’importe quoi, ceux que j’ai l’habitude de prendre, encore et encore et je vais me coucher. Je veux seulement me reposer…
Ma tête tourne, je vois des tourbillons rouges et noirs qui tournent de plus en plus vite… je me laisse bercer, je suis bien…
Un cri me parvient de très loin. Le tourbillon s’arrête : MON FILS ! dans un réflexe je me lève, je titube, tout tourne, le petit continue d’appeler, je résiste à l’envie de me laisser tomber et dormir là sur le sol…
Les murs tournent, me semblent instables. Je n’arriverai pas à atteindre la chambre. Je suis devant la porte d’entrée, je l’ouvre, sonne chez les voisins et m’écroule sur le palier.

L’ambulance, un brancard, l’hôpital, James (qu’est-ce qu’il fait là ?) il part sans même me regarder, des infirmières… On me met debout, une infirmière me pousse dans une chambre où sont d’autres malades, elle dit de passer une sorte de camisole et de ranger mes vêtements dans une armoire, elle part en disant : on a assez de vrais malades ici, pas besoin de ceux qui le font exprès…
Elle repasse, me dit que je ne dois pas dormir. Elle me secoue et va chercher deux élèves qui ont pour mission de me tenir éveillée. Le médecin entre, me regarde à peine et dit en s’éloignant " si elle veut mourir, qu’elle meurt…j’ai de vrais malades à m’occuper ".
Les 2 élèves restent, l’infirmière revient avec des appareils et un infirmier. Ils me font un lavage d’estomac. Ca fait très mal. On me parle très durement.
Pour me tenir éveillée les deux petites me questionnent sur les motifs de mon geste. Je raconte, je pleure, elles pleurent. Nous avons pratiquement le même âge. L’infirmière vient dire aux les élèves qu’elles doivent partir. Elles parlent dans le couloir. L’infirmière revient, me caresse la tête et dit " pauvre petite ". Elle m’explique : j’ai absorbé un cocktail de calmants et d’euphorisants, on ne peut rien me donner, mon état est très grave. Quand mon cœur bat à se rompre, je suis parfaitement consciente, quand il ralentit je plonge dans le néant.
Les élèves passent toute la nuit à me faire marcher et parler quand je veux dormir, à me caresser et m’apaiser quand mon cœur bat à se rompre.

Au matin, le médecin n’est plus en colère contre moi. Il félicite les élèves de m’avoir sauvée. Elles m’embrassent et nous pleurons encore.

Le médecin ne m’oblige pas à voir un psy mais pose une condition : je dois prendre un avocat aujourd’hui même pour demander le divorce. Je promets.



 

tentative de suicide



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Published by Camomille - dans 1971 - 1972
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commentaires

Syven 20/03/2006 10:02

C'est la fatigue qui t'a fait faire n'importe quoi. Ma pauvre, ça a dû être hyper flippant.

Camomille 20/03/2006 11:07

Oui, je n'étais plus capable de raisonner. C'est une sorte de crise de folie passagère.  L'épuisement tant physique que nerveux.

mel 03/03/2006 16:53

Tu etait arrivee a un trop plein... un point de non retour..cette envie consciente ou inconsciente de vouloir sombrer dans l'inconscience.. dans le vide...tout oublier..et c'est  le cri de ton fils qui te rappelle à la vie...souvent dans notre vie..quand on touche le fond..qlq chose au fond de nous continue malgré tout à vouloir vivre...le cri de qlq'un qu'on aime passe à  travers le noir et le brouillard de notre souffrance pour nous toucher et nous rappeller à la vie...c'est un acte d'amour  merveilleux que tu as fait pour ton fils..répondre à son appel à la vie...c'est boulversant..j'en ai les larmes aux yeux...j'espère qu'à partir de ce jour..la vie a tjr ete la plus forte...je te fais un gros bisous et te serre fort dans mes bras...courage ma douce..la lumiere est au bout du chemin...

Camomille 03/03/2006 23:01

Ce qui est étrange c'est que je n'ai pas pensé une seule seconde à mourir. J'aspirais seulement à la paix... Souvent on lit que les gens qui mettent fin à leurs jours sont des lâches mais après cette expérience je sais que dans mon cas j'étais dans un état second car pas une seconde dans les jours ou les minutes qui ont précédés ce geste je n'ai pensé à mourir; cela s'est fait comme un geste inconscient. Une chose est bien certaine : j'aimais trop mon fils et je savais trop que moi seule pouvais le protéger pour l'abandonner ainsi à son triste sort. Si mon geste avait été prémédité j'aurai tué mon fils pour qu'il parte avec moi mais en aucun cas je ne l'airais laissé seul avec ce monstre.Non, Mel je n'ai plus jamais voulu mourir parceque dans la vie même quand ça va très mal, que l'on n'a plus d'espoir, quelque part, plus loin il y a un rayon de soleil qui vaut la peine d'être vu.

flo-h 03/03/2006 16:43

bonjour,je tombe sur ton blog par hasard ..et je te félicite c'est trés bien écrit, juste, sans fioritures... le texte va à l'essentiel, les émotions sont intactes.
j'ai l'intention de faire la même chose que toi en bande-dessinée, j'attends d'être prête...
je te  souhaite un avenir à la hauteur de ton talent...
amitié
flo ^_^
 

Camomille 03/03/2006 22:49

Merci Flo, c'est vrai qu'il faut attendre que le fruit soit mur., après ça coule tout seul ou presque. Cela fait si longtemps que je veux extérioriser tout ça... Mais j'ai un peu peur du vide quand tout sera sorti...

eva 03/03/2006 01:22

coucou Camomille..je ne te cache pas que pour lire ton dernier article j'ai du m'arreter plusieurs fois...et tu sais...c'est étonnant...je trouve que..ce qui s'est passé est comme le resultat de tous ce temps de tensions..comme quand on enlève le bouchon à une bouteille gazeuse...tout éclate...heureusement que ce médecin a su te prendre en main...pour t'accompagner pourun petit bout à travers ce début de chemin difficile qu'est la naissance à une nouvelle vie...et la coupure, au moins matériellement, d'un passé noir, tissé de difficultés...et il y en a du chemin à faire..petite fleur courageuse!et comme toujours, et toujorus un peu plus, je te souhaite bon courage, douce Camomille, dans ton entreprise de dénouage de tous ces souvenirs...doux baisers.

Camomille 03/03/2006 06:14

Ce moment très pénible est en effet un tournant. Il fallait certainement que j'en arrive là pour structurer l'avenir. C'est la peur de retomber à ce niveau qui m'a motivée par la suite. Je ne me suis jamais pardonné d'avoir oublié mon devoir quelques instants et d'avoir failli abandonner mon fils à un sort épouvantable car sans moi c'est avec lui et sa famille qu'il aurait vécu.

Delph 02/03/2006 15:59

Courage!Je ne sais que te dire de plus!Ah si!Ton médecin a raison!
Bisous et courage

Camomille 02/03/2006 22:55

Le médecin ne voyait que l'instant présent. Il savait que nous étions en danger et c'est tout ce qui lui importait. Les histoires de garde d'enfant et le reste ne le concernanient pas.  Il m'a bien aidée il me montrait le chemin à suivre.

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  • : C'est l'histoire d'une vie mouvementée, la mienne avec des joies et des peines. Le poids du silence devenait trop lourd, j'ai souhaité partager mes souvenirs avec d'autres pour qu'ensemble nous apportions des réponses à certaines de mes questions.
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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

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