Un contrôle fiscal est une réelle épreuve. Bien que n'ayant rien fait d'illégal, je crains d'avoir commis une ou même
plusieurs erreurs que le fisc seraient susceptible de pénaliser. Je suis comme une ado à la veille d'un examen, à la différence que ce ne sont pas mes connaissances qui vont être recherchées mais
mes erreurs éventuelles.
Si pour moi ce contrôle est particulièrement traumatisant ce n'est pas seulement parce qu'il peut déboucher sur une somme
importante à payer, c'est surtout parce qu'un redressement serait synonyme de faute ce qui me ferait perdre la confiance que mon époux porte en mon travail.
Il est comme cela... Il n'accepte ni l'erreur, ni l'échec !
L'un des grands inconvénients du travail en couple est que les problèmes ne restent pas derrière la porte du bureau. Ils
nous accompagnent chez nous et y restent sans respect ni pour le week-end ni pour les vacances. Ils surgissent à tout moment, à table, au super marché, en famille ou chez les
amis...
Cette idée me terrorise.
Ce contrôle devient une idée fixe. Ce qui est terrible, c'est le sentiment d'impuissance. Il n'y a rien à faire :
les cartes sont jouées.
Je prépare les documents. Je vis dans un autre monde. Je n'entends plus rien, je ne vois plus rien, plus rien ne
m'intéresse...
Enfin, arrive le jour où la contrôleuse sonne à la porte. Son physique est agréable, elle n'est pas agressive, juste
professionnelle. Le courant passe entre nous.
Je dis comprendre qu'elle est là pour faire son travail et suis disposée à tout mettre en œuvre pour que les choses se
passent bien. Elle apprécie visiblement cet état d'éprit et m'assure qu'elle fera en sorte de ne pas perturber l'activité de l'entreprise et de ne pas faire traîner inutilement le contrôle en
longueur.
Les principes étant posés, la pression se relâche sensiblement. Bien entendu, je dois rester sur mes gardes sans me
laisser abuser par l'attirance sympathique qui émane de la contrôleuse.
Mon époux, profite de mon apaisement pour m'emmener presque de force passer le week-end en Bretagne avec interdiction de
prononcer les mots « contrôle fiscal ».
Le miracle se produit : épuisée par les travaux de jardinage, je parviens à dormir deux nuits complètes. Cela ne
m'était pas arrivé depuis plus de quinze jours. Le dimanche matin, au réveil, une pensée s'impose à mon esprit : tout est joué, il n'y a qu'une chose à faire : attendre que la roue de
la fortune ou de l'infortune arrête de tourner.
J'ai alors l'impression de sortir d'un long cauchemar et de reprendre une vie normale.
Quelle que soit le résultat du contrôle fiscal, il n'y a qu'une chose à faire : assumer.
Entre la réception de l'avis de contrôle et l'appel téléphonique de la contrôleuse m'annonçant qu'il n'y aurait pas de
redressement , il s'est écoulé seulement deux mois, qui m'ont semblés une éternité.
Je craignais tellement de perdre la confiance de mon époux que je n'avais même pas envisagé qu'en cas de non redressement
j'allais gagner son estime. C'est ce qui s'est produit. Il est très fier de moi et ne manque jamais l'occasion de vanter ma capacité à bien tenir la partie administrative de
l'entreprise.
Je n'aurai jamais pensé qu'un contrôle fiscal pouvait m'apporter un tel bonus...
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