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31 mai 2006 3 31 /05 /mai /2006 14:37
 
 
 

 
Une religieuse vient me chercher, elle parle avec douceur, si j’ai besoin de quelque chose, il suffira d’appeler. Elle me conduit à ma cellule, son visage bienveillant me fait du bien. Elle me propose de l’eau, une cigarette… Je veux bien une cigarette, elle me tend du feu. Amusant cette sœur en cornette qui sort un briquet de sa poche et me tend du feu.

Elle veut savoir pourquoi je suis là. Moi je veux savoir comment les choses se passent et surtout quand on va venir me chercher. Je n’ai pas à m’inquiéter, une heure avant l’audience elle tiendra les documents prêts, quand les policiers chargés de venir me chercher lui seront annoncés, elle me donnera un comprimé calmant comme je l’ai demandé.

Je commence à attendre, les minutes durent des heures. La sœur me demande d’aller tenir compagnie à une jeune fille qui ne cesse de pleurer depuis qu’elle est arrivée dans une cellule voisine.
Je ne comprends pas pourquoi la sœur me demande ça mais j’accepte. La petite a dix neuf ans, d’origine italienne elle a fugué pour venir à Paris. Elle est tombée entre les mains d’un proxénète. Elle va être expulsée car ses papiers ne sont pas en règle. Elle est contente d’être expulsée, elle ne savait pas comment sortir du piège où elle est tombée. Elle craint la réaction de ses parents.
Je la réconforte, l’encourage comme je peux. Sur le moment je n’ai pas trop le cœur à aider les autres, je n’ai envie de penser qu’à moi…

D’autre femmes sont amenées en cellule. L’une d’elles arrive en hurlant, les policiers la font avancer de force, elle les insulte, crache sur eux. Les formalités d’entrée durent longtemps. C’est triste.
Quand les sœurs la prennent en charge, elles se font aussi insulter. C’est moche ! Je garde rancune aux sœurs depuis mon expérience au lycée religieux, mais là il faut reconnaître qu’elles ont un rôle très bénéfique. 

Elles nous servent un plateau repas avec des sandwiches. L’heure du mon procès approche, je m’impatiente. Douze heures quarante cinq, treize heures, treize quinze, treize heures trente… je devrais être dans la salle d’audience ! On vient chercher ma compagne de cellule, puis les autres prisonnières, je reste seule à attendre… Les sœurs  téléphonent, vont se renseigner dans d’autres bureaux, rien, personne ne me réclame…

Je tremble, j’ai froid… Quinze heures moins dix, le téléphone sonne, la sœur hurle : " Oui, bien sûr qu’elle est là… oui, elle est prête !… tout de suite… "
Une sœur me sort de cellule, les policiers entrent en courant, les formulaires sont échangés, signés tamponnés en un temps record. La sœur nous pousse dehors, en disant " courage, ça va aller ".


 
 
 

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Published by Camomille - dans 1991 (le procès)
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commentaires

angelyz 01/06/2006 12:14

bien que les soeurs soient présentes.. des fois, le réconfort de la religion peut aider à passer des caps difficiles.. bizou ma puce

Camomille 01/06/2006 16:58

Curieusement ces soeurs ne parlent pas de religion, elles n'y font aucune allusion.
Je pense que cela peut aider en effet.
Bises

mel 01/06/2006 05:50

Ma Camomille...je te lis et je pleure aussi...un vécu terrible qui me terrorise..pour des raisons très différentes...mais je le vis en te lisant...j'entends les bruits, les voix...les lumières comme si j'étais là...je ne serais pas là pr te lire jusqu'au 20 juin....mais je t'assure de toutes mes pensées sincères...
Nous partons ce soir, tous les deux à l'aventure..avec l'espoir de construire dans ce voyage...de merveilleux souvenirs  et des rêves  pour l'avenir..je vous emporte tous avec moi...ne m'oubliez pas...je reviendrais le 20 juin si tout va bien...gros bisous et à bientôt !

Camomille 01/06/2006 11:36

Mel ! personne ne peut t'oublier. Tu es le coeur sensible à l'écoute des autres, comment t'oublier? tu vas nous manquer...
Au 20 juin, donc.
Bises affectueuses

bregman 01/06/2006 00:41

C'est un peu tard alors je repasserai lire demain, mais je voulais te dire merci de nous avoir intégré dans tes liens... A une nuance près : c'est bRegman, avec un brrr, BRRRR ;) A tout bientôt !

Camomille 01/06/2006 11:33

Excuses!!!! c'est corrigé.

Sad Song 31/05/2006 23:43

Difficile de trouver les mots pour commenter... Bon courage pour écrire la suite, même si cela permet de te libérer, cela doit être dur de trouver l'expression juste pour nous faire partager ce que tu as exactement enduré... On en peut qu'effleurer, à peine imaginer je crois...bisous

Camomille 01/06/2006 00:15

Il y a des choses qui ne se commentent pas. Je le comprends bien... cela va être certainement le cas sur quelques articles, nous en parlerons après...
Merci et amitiés

eva 31/05/2006 19:06

oui, une fois qu'on essaie de retracer ce qu'on a vécu on se rend compte qu'on peut tout résumer en peu des mots...quand ce qu'on a vécu nous semblait si long et intense!et surtout pour des vécus si insolites et bouleversants, je peux imaginer que souvent les mots, pour exprimer tout ce que t'as du penser, ne sont pas suffisants!doux baisers Camomille :)

Camomille 31/05/2006 23:13

Je pense que c'est bon pour relativiser, j'aurais dû écrire depuis longtemps car je m'aperçois que ce n'est pas aussi énorme que dans mon esprit. En écrivant je fais ressortir les coins de ciel bleu et je sais que petit-à petit ils  vont prendre la place des nuages, déjà ces deux premiers articles qui représentaient des moments très douloureux - j'ai beaucoup pleuré en les écrivant - ne me semblent plus si terribles que cela...
Je suis en voie de guérison...

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  • : C'est l'histoire d'une vie mouvementée, la mienne avec des joies et des peines. Le poids du silence devenait trop lourd, j'ai souhaité partager mes souvenirs avec d'autres pour qu'ensemble nous apportions des réponses à certaines de mes questions.
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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

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