Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 juin 2006 6 03 /06 /juin /2006 13:05
 
 
 


En attendant que les formalités de sortie soient accomplies, les policiers me passent les menottes et me ramènent en cellule. En tout premier lieu, la caution doit être payée. 
Dans les escaliers, je tiens moi-même la partie rigide des menottes, les policiers se contentent de m’encadrer.

En arrivant en cellule, la sœur vient aux nouvelles. Elle se réjouit que je sois libre puis s’inquiète car il est tard, après 18 heures le poste de police est fermé : plus personne ne sort.
L’attente recommence, interminable. Mon beau-frère a fait le chèque, l’avocate a demandé à son étude qu’on lui apporte un chéquier. Le chèque doit être obligatoirement tiré sur un compte spécial : la CARPA. La personne qui apporte le chéquier est prise dans une manifestation et n’arrive qu’à dix sept heures quinze. L’avocate a supplié pour que le greffier attende jusqu’à cette heure. Le temps d’enregistrer le paiement, de faire donner l’ordre de libération, il est dix sept heures trente…

Pour moi l’échéance de dix huit heures est proche. Dans quelques instants un fourgon va venir chercher les femmes qui sont placées en détention. Si l’ordre de libération n’arrive pas, je serai du voyage.
La sœur vient tout juste de recevoir l’appel annonçant que je suis autorisée à sortir quand le fourgon se présente. Les filles sont emmenées, je dois attendre que les formalités d’embarquement soient terminées.
Je suis amenée au poste de police pour " la levée d’écrou ". Les documents sont contrôlés, j’ai peur que quelque chose n’aille pas, mais tout est en règle.
On me rend le sac avec mes affaires, je signe un reçu. Je n’ai qu’une idée : SORTIR.

La porte se referme derrière moi, je me trouve dans une cour intérieure, au bout d’un porche j’aperçois les personnes qui sont venus à mon procès, mon fils et mon avocate devant. Alors que j’avance, mon fils s’élance vers moi. J’entends les claquements des fusils que l’on arme, les gardes qui me tournent le dos visent mon fils. Le temps s’arrête… Il s’est immobilisé en montrant ses mains ouvertes, je n’ose plus bouger… la tension retombe, les armes se baissent.
Là, c’en est trop ! Je reste au milieu du passage. Je n’ai plus ni la force ni l’envie d’avancer, je pleure comme une gosse, bruyamment.
On me prend par les épaules et on m’amène vers la rue. Les gardes ont autorisé mon avocate à venir jusqu’à moi.

Tout le monde m’embrasse, me raconte : les recherches dans le Palais de Justice, le chéquier qui n’arrivait pas, les manifs, l’idée géniale de mon beau-frère. Tout le monde commente ses émotions mais personne ne me demande si j’ai quelque chose à dire.
 
 
 
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Camomille - dans 1991 (le procès)
commenter cet article

commentaires

eva 06/06/2006 08:15

c'est très émouvant...et on a l'impression que ce mot, SORTIR, rétentit réellement dans toi, dans ton écriture "de sortie" ;):)

Camomille 06/06/2006 13:15

C'est cela en réalité, je n'avais plus que cette idée fixe....

cocole 05/06/2006 15:03

incroyable!!je suis atterée par l'attitue des gardes, qui , si elle est raisonnée, pour eux, ets si effrayante!ton fils à dû être choqué, non?? et toi, tu étais où???sur une autre planéte?? comment cis-ton réellement une pareille journée??? on l'analyse plus tard, mais sur le moment?? ça doit être effarant!!??

Camomille 06/06/2006 08:04

Les gardes ne voyaient qu'une ombre et ne m'avaient même pas vue sortir, ils sont là pour empêcher une entrée en force pour une évasion possible de grands criminels... Ils ne sont pas en cause, ils ne faisaient que leur travail....
Oui j'étais sur une autre planète, à partir d'un certain moment, tu deviens un pantin... tu avances parce qu'il faut avancer, tu n'est plus maître de rien...
Je me concentrais uniquement sur le procès, ma défense, comment m'en sortir, tout le reste était accessoire.

Franka 05/06/2006 07:40

Les flics qui menacent ton fils de leurs flingues ?! Hallucinanant ... Tu en as eu du courage, pour resister à toutes ces terribles mesaventures... Je t'embrasse !

Camomille 06/06/2006 06:06

Ils sont là pour garder le Palais de Justice....

mel 03/06/2006 22:11

coucou ma camomille..et bien non je ne suis pas partie...de tristes évenements nous empêchent de partir...parfois les événements semblent s\\\'acharner..mais je suis soulagée de lire cette sortie même provisoire...j\\\'attends avec angoisse la suite..je t\\\'embrasse fort..
N.B: j\\\'ai lu que tu as mis les pages pr ton fils qui vient lire...ca doit etre boulversant de partager tout cela avec lui..au présent...bisous à tous les deux...

Camomille 04/06/2006 00:19

Je suis désolée pour toi Mel, j'espère que ce n'est qu'un contre-temps.
Mon fils ne lis pas beaucoup car il a suivi une thérapie pour retrouver le calme et il ne souhaite pas se replonger dans tout cela. Ce qui le perturbe c'est l'évocation de son père, pas les événement que nous avons vécus ensemble.
Je t'embrasse, je viens te rendre visite.

Sad Song 03/06/2006 19:56

Mon Dieu, ils ont failli tirer sur ton fils!! Tout ça parce qu'il courait vers toi, ils ont cru qu'il était armé? N'importe quoi!!!bisous

Camomille 04/06/2006 00:14

Le porche par lequel je sortais est emprunté par les fourgons qui transportent les détenus. C'est je crois la garde républicaine qui est chargée de la sécurité. Les gardes ont vu une silhouette en contre-jour qui avançait en courant, leur réaction n'était pas  d'anormale.

Présentation

  • : MA VIE EN PATCHWORK
  • MA VIE EN PATCHWORK
  • : C'est l'histoire d'une vie mouvementée, la mienne avec des joies et des peines. Le poids du silence devenait trop lourd, j'ai souhaité partager mes souvenirs avec d'autres pour qu'ensemble nous apportions des réponses à certaines de mes questions.
  • Contact

Pourquoi ce blog ?

 
 

Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

Recherche

Référencements

Articles Récents

Catégories