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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 17:09
 
 
 

Mon avocate n’a cessé de dire que se présenter libre au procès changerait beaucoup les choses… Je comprends maintenant pourquoi.
J’apprécie de pouvoir attendre l’heure de l’audience avec " les miens " dans le bistrot qui fait face au Palais en sirotant un café, peut-être le dernier dans ces conditions avant longtemps.

Nous entrons par la grande porte, nous traversons les salles aux plafonds immenses que l’on connaît grâce au cinéma. Je parts avec mon avocate nous faire enregistrer par l’huissier.

Je vais m’asseoir dans la salle " comme tout le monde ". et j’attends.
Mon " ex " n’est pas là mais il est représenté.
Les deux avocates ne s’aiment pas, celle mandatée par James défend une association de pères. Ce n’est pas bon pour moi… Elle doit avoir une grande expérience sur le sujet.
La salle est bientôt pleine. Le tribunal entre et rend des conclusions sur des audiences précédentes. L'huissier appelle mon dossier, mon avocate et mes témoins s’approchent du tribunal, pour les vérifications d’identité puis ils sortent.

Je suis appelée " à la barre ". Là je comprends vraiment ce que l’avocate a dit. Je suis à cinq ou six mètres de la Présidente, de ses assesseurs et du Procureur. Je les vois vraiment : je peux suivre les expressions de leur visage et ils peuvent suivre les miennes. C’est très important car mon dossier repose sur les sentiments et les émotions…
Je suis persuadée que comparaître libre comme une personne ordinaire inspire moins d’à priori qu’une femme tronc, dans un box au fond de la salle encadrée par deux gendarmes.

Après les vérifications d’identité et des motifs de l’inculpation, la Présidente me demande de confirmer si je plaide coupable… Cette procédure devient courante en 2006, mais ne l’était pas en 1991.
En plaidant coupable je reconnais les faits dans leur intégralité : j’ai enlevé mon enfant, empêchant au père d’exercer son droit de visite et je savais que c’était un délit répréhensible par la loi.
La Présidente me demande si je regrette :
" Non seulement je ne regrette pas mais si c’était à refaire je le referais ".
Il y a un grand silence… A ce moment mon avocate baisse la tête, accablée. Elle pense que tout est perdu, que je suis complètement folle d’avoir dit cela…

La Présidente me demande d’expliquer mon acte à la Cour. Troublée par mon audace précédente car j’ai bien senti que cela avait fortement déplu au tribunal, je n’arrive pas à parler, je bafouille, ma tête est vide…
La Présidente m’aide en lisant quelques mots de la lettre que j’ai adressée d’Afrique au juge d’instruction. Elle pose des questions, le dialogue s’établit.
Je raconte les coups, la peur, les menaces... je perds la notion de temps, j'oublie l'endroit où je suis, enfin je termine en disant que j'ai fait tout cela pour sauver mon fils car il n'y avait pas d'autre solution.
Les trois femmes m’ont écoutée avec attention sans faire de commentaire.

La présidente me demande si j'ai terminé et dit de m'asseoir.

Mon audition est terminée.



 
 

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Published by Camomille - dans 1991 (le procès)
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commentaires

mel 07/06/2006 10:36

Coucou ma camomille...!  Un moment crucial...un croisement entre la liberté et la prison...dans ces moments chaque instant dure une éternité.. et on a beau se préparer...tout est confus quand on veut l'exprimer...mais .tu as laissé parlé ton coeur...et on t'as écouté...c'est déja ca de gagné..en attendant ta liberté !
Bonne nouvelle, si tout va bien...nous partirons finalement vendredi..! je passerais jusqu'au dernier moment pour savoir l'issue de ce procès...j'irais plus tranquille en sachant que ces moments difficiles sont bel et bien terminés...je t'embrasse amicalement :)

Camomille 07/06/2006 12:00

Bonjour, Mel, le moral semble meilleur, et j'en suis ravie
Vendredi tu sauras l'issue de ce procès.
Je t'embrasse.

Coco 07/06/2006 09:41

Ma douce amie, je ne t'oublie pas et entre deux moments difficiles je viens lire tes articles les uns après les autres.
Je comprends aisément tes larmes mais je pense comme tu le dis qu'une libération doit se faire en écrivant au fur et à mesure ton histoire. Tes textes sont toujours aussi bien écris ne change rien.
De mon côté c'est difficile et je pense que le silence en dit long dans ces cas là. Je vais essayer de faire un article car beaucoup de personnes me demandent de mes nouvelles. Pour résumer je suis enfin en procédure de licenciement mais que j'ai souffert pour en arriver là. Bientôt je serai libre.
Je t'embrasse tendrement ma Camomille et je suis de tout coeur avec toi et je pense bien bien fort à toi.

Camomille 07/06/2006 11:58

Ma coco, pourquoi ne pas parler et garder tous ces soucis pour toi seule? Il y a des gens qui ont connu ce genre de situation qui qui pourront certainement t'aider à supporter... Ne reste pas isolée
Je t'embrasse très tendrement.

Sad Song 07/06/2006 00:57

Ce sont seuelment des femmes qui te jugeaient? Peut être cela a t il fait pencher la balance de ton côté... L'avenir nous le dira sous peu..bises

Camomille 07/06/2006 11:56

Oui, trois femmes... mais le juge d'instruction aussi était une femme, cela ne l'a pas empêchée d'instruire à charge ( contre moi).
Le procureur était un homme. Tu sais en réalité c'est peu important car tout dépend du vécu des personnes. Si tu as une personne de ta famille ou une amie qui a été victime d'une chose similaire, tu te fais ta propre opinion et tu agis dans le sens qui aurait été profitable à la personne que tu connais...

eva 06/06/2006 22:34

oh, Camomille, une fois de plus je n'arrive pas à respirer, en te lisant...à la prochaine!!doux baisers

Camomille 06/06/2006 22:55

Bises ma Eva, j'ai bien avancé dans mon récit aujourd'hui ce qui veut dire que j'ai beaucoup pleuré... encore quelques jours et je ne pleurerais plus..
Bises

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« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


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Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

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