Je suis de plus en plus handicapée. Nous sommes en 1987, cela fait 10 ans que ça dure ! Les éruptions reviennent
maintenant chaque mois. J’ai de plus en plus de plaques sur le visage, les bras, les jambes et sur le corps. Vivant en région tropicale, ce n’est pas facile de dissimuler ces plaques rouges
squameuses qui me démangent à rendre folle.
Je n’en peux plus ! J’ai remarqué qu’à chaque manifestation, une très grande fatigue s’empare de moi. Je perds
l’envie de rire, tout doucement, un état dépressif s’installe.
Un jour, mon compagnon m’annonce que plusieurs personnes lui ont parlé d’un nouveau médecin qui semble très
compétent.
Ma première réaction est de refuser de le voir. Depuis dix ans, toutes mes démarches se sont soldées par des échecs, je
n’ai pas le courage d’en subir un autre.
Mon compagnon insiste. Il prend rendez-vous. Non, je n’irai pas ! Il ira seul. J’accepte de rédiger une note
chronologique des symptômes et des traitements qui m’ont été prescrits.
Le jour du rendez-vous, quand mon compagnon s’apprête à partir avec la liste, j’ai pitié de son air malheureux. J’imagine
son embarras face au médecin quand il va dire que je n’ai pas voulu venir, sans compter que je vais passer pour une nouille ! Je décide de l’accompagner car au fond de moi, il y a un tout
petit espoir…
Dans la cour de l’hôpital je reçois un grand choc. La maladie, les infirmités et la misère des pauvres gens me donnent
honte de moi.
De quel droit puis-je me plaindre et désespérer au point de penser parfois à mettre fin à mes jours pour de simples
éruptions cutanées ? Je suis tellement favorisée par rapport à ces gens !
Mon privilège s’exerce encore en passant avant la vingtaine de personnes qui attend devant le cabinet de consultation,
souvent depuis des heures avec parfois des enfants dans les bras. J’ai pris rendez-vous parce que je peux payer, eux ne peuvent pas alors ils attendent patiemment assis à même le
sol.
J’entre dans le cabinet du jeune médecin. Je lui tend ma liste. Il la prend en souriant et lit… S’il me demande de me
déshabiller, je refuse ! d’ailleurs je ne suis pas « en crise », il n’y a rien à voir !
Il ne va même pas au bout de la liste. Il me regarde droit dans les yeux et dit « Ce n’est pas ce que vous
croyez ! ».
Je ne croyez rien de très précis mais je comprends qu’enfin ce médecin sait ce que j’ai. Il me laisse le temps de me
détendre.
Alors il dit : « je vais vous soulager mais je ne peux pas vous guérir, vous avez une allergie ! Le
travail que vous devrez faire sera long, difficile et sans aucune garantie de succès ». Il continue à parler mais je « n’entends » pas ce qu’il dit, tout m’est égal, une seule
chose m’importe : je sais ENFIN ce que j’ai !
Il prescrit de la Cortisone pour trois mois, cela va me soulager. En absence d’allergologue dans le pays, il ne peut rien
faire de plus. Il m’explique que je dois chercher mes allergènes toute seule. Tout écrire : tout ce que je mange, tout les produits que j’utilise et qui sont en contact avec ma peau et
essayer de faire un rapprochement avec les manifestations cutanées.
Sur le moment je zappe complètement les mots négatifs tels que : guérison impossible, risques graves, aggravation avec le
temps… je n’ai qu’une idée : je sais enfin ce que j’ai et ce n’est pas une maladie honteuse, "ce n’est qu’une allergie" !
Jeudi 3 décembre 2009
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14:50
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Publié dans : La médecine et moi
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Par Camomille
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