Les mois passent sans événement exceptionnel. Mick et moi sommes partagés entre l'entreprise et notre maison bretonne. En
mai nous y passons onze jours.
Onze jours à travailler dur. Mick m'aide pour les travaux de jardinage. Normalement, c'est mon job mais je ne n'ai la
force de tailler les haies et d'arracher les arbres qui ont envahi notre petit jardin.
Il commence à réparer les « urgences » et fait la liste de tout ce qu'il fera en août.
Nous travaillons tellement que le soir nous avons toutes les peines du monde à monter l'escalier pour gagner la chambre
tant les muscles des jambes nous font mal. Durant ces onze jours, c'est à peine si nous avons le temps d'aller voir la mer. Quand il fait du vent et que la mer est « mauvaise » nous
l'entendons de chez nous. C'est merveilleux !
Quand il faut rentrer à Paris, c'est un déchirement. Sur le chemin du retour nous pensons aux travaux qui nous attendent
pour « la prochaine fois ».
Le tourbillon du travail ne nous permet pas d'escapade en Bretagne avant les vacances d'août.
Bien que le programme des travaux à réaliser soit très chargé, nous avons accepté de garder notre petite-fille une
semaine. Ce qui aurait dû être une joie devient rapidement un problème.
La première difficulté est de trouver une date compatible pour récupérer la petite. Miguel veut tout contrôler,
l'heure, le jour, notre disponibilité...
Après maintes discussions allant jusqu'aux pleurs, nous imposons nos conditions. Nous irons chercher la petite le lundi
et ils viendront la reprendre le samedi suivant.
Les cinq jours de garde se passent bien. Nous regrettons seulement de ne pas pouvoir nous reposer après deux mois de
travail intensifs à l'entreprise.
Nous avons hâte de nous retrouver seuls, au calme. Le samedi matin, nous avons acheté une grande quantité de produits
locaux et attendons sereinement que Miguel, Kate et notre petit-fils arrivent. J'ai préparé les chambres.
Miguel arrive de mauvaise humeur. C'est encore pire quand j'annonce que nous n'allons pas au restaurant comme cela avait
été évoqué avant que Miguel dise qu'ils mangeaient déjà au restaurant à midi. Pensant que cela ferait trop, j'avais préféré faire un repas tranquille à la maison.
Il insiste, Kate insiste. Il est clair qu'ils se moquent bien que nous ayons acheté plein de nourriture.
Tout-à-coup, Miguel décide que la petite doit manger sans plus attendre.
Comment ? il n'y a pas de menu pour elle ? Je comptais lui faire manger quoi ?
Mais tout simplement la même chose que nous...
Miguel et Kate se lancent un regard entendu.
Je prépare vite fait un menu pour l'enfant. Pendant ce temps Miguel fait cuire (en vidant la moitié de mes boîtes de
condiments) la trentaine de Bigorneaux que sa fille a rapportés de la plage.
Le repas est un véritable fiasco. Miguel ne mange que les bigorneaux qu'il s'est préparés. Kate refuse les charcuteries
car elle en a trop mangé chez « Môman » ce midi.
Miguel dit : Quoi ? tu n'as rien prévu d'autre que des chips en légumes ? Tu nous reçois avec des
chips ?
Il devient tout-à-coup urgent que notre petit-fils mange des crudités. Miguel prépare une demi-tomate qu'il assaisonne de
thym et de laurier... le pauvre môme a bien du mal à avaler cette curieuse préparation.
Le Far n 'est pas bon (Môman en fait un délicieux) , le Kuing-aman non plus bien entendu (chez Môman, il est
meilleur).
Nous remettons la quasi totalité des denrées au réfrigérateur. Au moins cela va nous éviter de faire des courses pendant
une semaine !
Mike et moi avons compris qu'en fait, quand ils sont arrivés, ils n'avaient pas faim. Ils sortaient de
table !
Fin juin, ils étaient venus à Paris et avaient fait le même coup. Ils étaient arrivés moins d'une heure après avoir pris
un copieux petit-déjeuner dé-li-cieux à l'hôtel où ils dormaient et n'avaient pratiquement pas touché au repas..
Mike et moi allons nous coucher tristement mais non sans avoir subi divers reproches : les escaliers craques, il n'y
a pas de penderie, enfin rien ne va...
Nous sommes vraiment désolés si nous ne sommes pas à la hauteur ! Nous nous installons petit à petit avec nos petits
moyens,
Le lendemain matin alors que Mick et moi prenons le petit déjeuner, Miguel passe en tenue de jogging avec un
« salut » en guise de bonjour.
Les enfants et Kate descendent prendre un petit déjeuner qui n'en finit pas. Alors que tout est débarrassé, Miguel rentre
enfin et s'étonne que la table soit desservie. Nous ne savions pas que nous faisions « pension de famille » !
Il ne comprend pas non plus que nous n'ayons pas un assortiment de yaourts et de boissons lactées aux
fruits...
Découvrant un pansement sur sa fille, il m'interroge sur son origine.
Je ne sais pas.
Comment ? Tu gardes ma fille et tu ne sais pas comment elle s'est blessée ? Il est atterré.
Kate qui a entendu intervient, c'est normal, cela s'est produit hier en mon absence. C'est elle qui a soigné sa
fille.
Enfin, Miguel charge sa voiture. Il est infecte. Nous voulons l'aider, il nous envoie promener.
Après leur départ j'ai le « bonheur » de trouver 2 kg de crottes de chien bien molles dans le jardin (Miguel
est pourtant très stricte : chez lui, notre chien ne doit pas crotter dans le jardin).
Ce n'est pas tout : tous les jolis coquillages (des spécimens énormes laissés nos prédécesseurs) ont été réduits en
bouillie et les galets qui garnissaient l'entrée des dépendances ont servi de projectiles pour faire tomber un ballon perché dans la haie. Je retrouve des galets partout : dans les haies,
dans les fleurs, sur le trottoir, il y en a même un sur le toit de notre voiture. Nous avons eu de la chance qu'aucune vitre ne soit cassée.
C'est le genre de visite qui laisse un goût amer et qui vous conforte dans l'idée que vous êtes mieux
seuls.
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