En France Miguel était un petit garçon très mûr, il allait et rentrait seul de l’école. Il se rendait chaque matin à la boulangerie pour y acheter un pain au lait
pour le goûter. Il traversait la route nationale bien sagement au feu.
En arrivant en Afrique, brutalement il n’a plus aucune responsabilité et se laisse porter, rassuré par tous ces adultes qui l’entourent et qui ne lui veulent que du
bien. Pendant quelques semaines il se comporte même comme un enfant de deux ans.
Il est clair qu’il préfère jouer avec des enfants beaucoup plus jeunes que lui. L’arrivée de Rosalie est bénéfique, il a reçu pour mission de lui montrer comment
elle doit se "tenir" dans notre société européenne.
Il n’est pas attiré par l’école. Il se perçoit comme plus mûr que les autres du fait de son passé et il ne voit pas qu’au niveau scolaire ses camarades
progressent alors que lui reste sur place.
Quand il prend conscience d’avoir été distancé, il est trop tard. Il n’a pas acquis les bases, son orthographe est un désastre, il sait à peine lire… Il se croit
toujours supérieur mais ses camarades se moquent de son ignorance. Il traduit sa détresse par une hypersensibilité qui peu à peu se transforme en agressivité.
La pratique du judo l’aide à se défouler et prendre de l’assurance, l’équitation est une passion. Sur un cheval, il redevient important, il gagne les concours, tout
le monde l’admire et nous sommes très fiers de lui.
Avant d’entrer en 6ème Miguel est déjà en échec scolaire. Il ne veut pas travailler, les récompenses, les punitions sont sans effet. Il s’amuse d’un rien,
grâce à son imagination un simple caillou le transporte vers toutes sortes d’aventures. J’ai essayé de le faire travailler, mais après quelques minutes il baille, n’écoute rien, il est impossible
de capter son attention.
La 6ème ne fait que confirmer l’échec, il ne s’intéresse qu’aux mathématiques. Je ne peux pas continuer à lui laisser compromettre son avenir. Je suis
venue en Afrique pour lui, pour en faire un homme bien et il va droit à l’échec.
Je décide le mettre en pension en Suisse (pour que son père ne le trouve pas) puisque je suis incapable de le faire travailler. Ce n’est pas pour le punir,
c’est pour son bien. Il semble accepter.
Quelques jours plus tard alors que j’ai déjà rassemblé quelques renseignements, on le trouve sur le toit de la maison, prêt à se jeter dans le vide. Il dit qu’il a trop peur d’être retrouvé par
son père, qu’il ne veut pas être séparé de nous et promet de travailler. Il tient ses promesses quelques jours mais c’est plus fort que lui, il recommence à jouer.
Je trouve une autre solution : comme il est très attiré par la vie militaire, il pourrait entrer dans la Marine, il ferait des études sans être
menacé par son père. Nous commençons les démarches. Il faut l’adresse en France d’une personne susceptible de le recevoir pendant le week-end et les vacances. Je demande à ma sœur, qui
refuse catégoriquement cette responsabilité.
Il faut oublier la Marine.
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