Le procureur :
Il rappelle qu’en enlevant mon enfant j’ai commis un acte très grave, que je n’ai pas respecté la loi qui avait ordonné un droit de visite pour le père, etc,
etc.
Il dit aussi que l’absence du père au procès traduit plus un désir de revanche que de rapprochement avec son fils, qu’il s’est contenté d’une rédaction qui aurait
certainement obtenu une bonne note au BEPC mais qui n’était pas de mise dans ce tribunal,
Considérant les faits qui ont motivé ma fuite, que l’enfant est maintenant âgé de vingt ans et que l’infraction a cessé : il ne demande aucune sanction à mon
encontre.
Mon avocate :
Elle résume les déclarations de mes témoins et demande l’abandon des charges qui pèsent contre moi compte tenu de mon exil en Afrique, de l’abandon de ma carrière,
de ma famille, de mon pays qui peuvent être considérés comme une peine suffisamment lourde que je me suis infligée par anticipation.
La Présidente me demande si j’ai autre chose à ajouter qui n’aurait pas encore été évoqué. Mon avocate me fait signe de me taire, que tout va bien… " Non, je
n’ai rien d’autre à dire ".
Le tribunal se retire pour délibérer. Mon avocate est optimiste, il est rare qu’un tribunal demande une peine plus forte que celle demandée par le procureur… et
comme il n’a rien demandé… je risque tout au plus une peine avec sursis.
Après une courte délibération, le tribunal revient. La présidente prononce un tas de choses incompréhensibles pour moi, me regarde et dit : " c’est
fini "…
Je serre la barre de toutes mes forces pour ne pas tomber et j’attends la suite. Elle parle à ses assesseurs, il y a plein de bruit dans la salle, des gens partent,
son regard se pose de nouveau sur moi qui continue à attendre et elle dit avec un sourire : " c’est fini, vous pouvez partir "…
Je murmure un " Merci " mais je ne comprends pas, ça ne veut rien dire, " c’est fini… " il faut que l’on m’explique…
Mon fils et mon avocate me prennent sous les bras et me sortent hors de la salle.
Il y a plein de monde dans cette autre salle immense, tout le monde me parle, les miens et des gens que je ne connais pas. Je ne comprends rien, je m’agrippe à mon
avocate : qu’est-ce que ça veut dire " c’est fini " ?
Il va m’arriver quoi maintenant ?
Rien sauf que le Parquet ou mon " ex " ont dix jours pour faire appel du jugement. En ce qui concerne le Parquet c’est peu probable vu les circonstances,
reste " l’ex " qui vit pour ce procès depuis treize et qui va probablement se sentir frustré.
Cependant, comme il n’a pas eu le courage de se présenter, qu’il semblerait que son avocate ignorait les perversités de son client, que son association de pères
abandonnés va certainement lui demander des comptes quand elle va apprendre qui il est réellement… on peut penser qu’il ne fera pas appel.
Encore dix jours d’attente et ce cauchemar sera terminé.

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