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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir.

 


Le début de mon histoire...

 

 

 Avertissement : J'ai enfin fini la reprise de mes anciens articles. Je peux donc continuer mon blog...

J'ai créé une catégorie  supplémentaire :

La médecine et moi : Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon parfois "spéciale" de soigner.

 

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Miguel et moi sommes logés, chauffés et même nourris. En échange nous subissons vexations, humiliations et insultes.
A table, il y a les morceaux pour eux et les morceaux pour nous, le fromage pour eux et les restes pour nous. Si Miguel prend du beurre mon beau-frère dit : profite bien car bientôt vous n’aurez plus les moyens d’en acheter.
En guise de bénédicité il commence chaque repas par  : " Ici vous êtes en France, c'est fini la belle vie, vous allez devoir travailler, il n’y a plus de boy pour faire votre sale boulot. Ici on dit " bonjour Madame, s’il vous plaît Monsieur, merci Madame et au revoir, Monsieur ".
Il dit que nous devons nous mettre ça dans le crâne.
Quand nous partons en entretien d’embauche, nous avons toujours droit à une piqûre de rappel.

Miguel aussi cherche un emploi en attendant l’appel de l’Armée. Il trouve un poste de surveillant dans une grande surface. Lors de la visite médicale d’embauche, il inventorie tous ses petits bobos : il a mal au dos, au poignet, au genou, etc. Bien entendu, il est déclaré inapte…
Il revient mortellement déçu. Pour lui remonter le moral je le taquine sur sa naïveté, il est inutile de l’accabler d’avantage… Son oncle le couvre d’insultes : c’est un crétin, un fainéant, un incapable, un âne qui n’a rien fait à l’école…
Miguel pleure, il n’en peut plus…

Comme nous avons encore besoin de leur hospitalité, il faut que la rupture vienne d’eux pour qu’ils ne nous mettent pas à la porte. Nous boudons les repas (nous mangeons un sandwich juste avant d’aller chez eux) ma sœur se vexe et dit que nous devons nous débrouiller pour manger chez nous. Elle ajoute que cela nous incitera peut-être à trouver du travail au lieu de faire les " fines bouches ".

Je ne m’explique pas son agressivité, il y a moins d’un mois que nous cherchons…
Nous les évitons et ne les tenons plus au courant de nos démarches.

Ils se rendent compte qu’ils sont allés trop loin. Pour Noël  ils m’offrent une formation sur tableur et traitement de texte.
La clef indispensable pour que je trouve un emploi.
 
 

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Mercredi 14 juin 2006
communauté : De la Vie publié dans : 1991 (le procès)
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Ma sœur m’entraîne dans une agence d’intérim. Etant " déconnectée " du monde du travail en France, je ne vois pas comment je pourrais être efficace en quelques heures pour effectuer un remplacement…
Je n’imaginais pas ce que ma sœur avait en tête.

Dans l’Agence, elle parle à ma place :
" Que cherchez-vous comme emploi ?
Ma sœur : n’importe quoi…

Cela ne veut rien dire, je ne vais pas vous proposer du conditionnement dans une usine située à 20 kilomètres…
Ma sœur : si, si, elle prend ce travail…

Mais il faut commencer à 6 heures …
Ma sœur : Oui, c’est bien, elle ira…

Il n’y a pas de moyens de transports …
Ma sœur : ça ne fait rien, elle ira en vélo…

En vélo ? mais nous sommes en hiver, c’est en pleine campagne…
Ma sœur : ce n’est pas grave, elle va y aller…

Vous ne demandez pas quel est le salaire ?
Ma sœur : non, elle prend, ce sera toujours mieux que le RMI".

La jeune femme révoltée fait mine de téléphoner à l’employeur et vient dire que la place est déjà prise.

Ma sœur furieuse dit que la fille est une imbécile. C'est à peine si j'ai pu dire un mot.




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Mardi 13 juin 2006
communauté : De la Vie publié dans : 1991 (le procès)
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Voilà, c’est terminé, je dois reprendre une vie normale.
Ce n’est pas facile. Je me prépare depuis un an à faire de la prison mais je ne me suis pas préparée un seul instant à ne pas en faire.
Je suis une étrangère dans mon pays. Je ne connais plus les règles.

Par nécessité, nous allons rester chez ma sœur. Il ne me reste pratiquement plus d’économies, le report de procès m’a coûté plus de 10 500 francs non prévus et nous avons dû acheter des vêtements d’hiver.

Dès que l’on sait qu’il n’y aura pas d’Appel, je vais m’inscrire à l’ANPE avec ma sœur qui connaît le responsable.
Elle va d’ailleurs continuer à m’accompagner chaque matin. Elle vient frapper à ma vitre, je dois être à l’agence dès l’ouverture pour montrer au responsable (qui se moque bien de moi) que j’ai envie de travailler (sic).
Quand elle ne peut pas venir, c’est mon beau-frère qui vient à l’Agence vérifier que je suis bien là.
Elle sélectionne pour moi les annonces de manutention ou de caissière. Je refuse, je veux trouver un emploi stable en rapport avec mes connaissances.

Malheureusement, mes différents postes de secrétaire comptable n’ont aucune valeur ici; d’ailleurs je sais pas me servir d’un traitement de texte et je ne parle pas de langue étrangère.

Mes certificats de travail n’intéressent personne.
" L’Afrique tout le monde sait ce que c’est : la vie se passe au bord d’une piscine, sous un cocotier à siroter une boisson glacée pendant qu’un boy vous évente ".

J’obtient quelques entretiens qui restent sans suite. Quand je rentre, j’angoisse comme une gamine. Je sais que je vais être humiliée et déstabilisée.

Non seulement mon beau-frère me reproche de ne pas trouver de travail mais il me réclame l’argent de la caution comme si je le détenais.
Il exige que j’appelle mon avocate plusieurs fois par semaine, en sa présence pour réclamer le chèque. Je l’ai surpris une fois à téléphoner lui même.
Il ne faut pas croire qu’il a besoin de cet argent. Il est très à l’aise, s’il réclame c’est uniquement pour exercer son pouvoir.
 

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Lundi 12 juin 2006
communauté : De la Vie publié dans : 1991 (le procès)
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Complètement désorientée je me laisse entraîner par les miens. Mon beau-frère invite tout le monde à dîner mais personne n’en a réellement envie. Nous allons dans le café qui fait face au Palais de Justice.

Je fais part de ma gratitude à mon couple de témoins grâce à qui j’ai été relaxée. Elle m’explique que depuis treize ans les remords la rongent, elle n’a pas cessé de regretter de n’avoir pas révélé ce qu’elle savait. C’est elle qui me remercie de l’avoir appelée comme témoin car je lui ai permis de soulager sa conscience.

Mon beau-frère s’occupe (à sa manière) de mon avocate :
" ça doit vous étonner d’avoir gagné un procès…
Elle : c’est toujours une grande victoire mais en 16 ans de métiers, ce n’est pas la première fois…
Lui : Ah, bon… je croyais…
Elle rougit de colère mais ne dit rien.

Il recommence : "et mes 50 000 F, vous me les rendez quand ?
Elle : ce n’est pas moi qui les ait, il faut attendre que la procédure soit close donc après les dix jours d’appel, ensuite il faut attendre l’enregistrement des actes avant que l’on me rembourse et ensuite je vous rembourserai.
Lui : j’espère que vous n’allez pas faire la fête avec mon argent…
Elle préfère partir en prétextant un rendez-vous urgent. Elle me préviendra dès qu’elle saura quelque chose concernant l’appel.

Seule ma fille a accepté l’invitation à dîner. Ma sœur essaye de l’en dissuader : elle ferait mieux de rentrer tout de suite car ce n’est pas prudent de rentrer seule la nuit puisque Miguel et moi dormons à l’hôtel avec eux.
Le repas est triste, il est clair que la présence de Rosalie importune.

Le lendemain nous rendons visite à ma mère qui ignorait que nous étions rentrés d’Afrique. Nous avions préféré lui épargner l’angoisse du procès. La visite est très éprouvante, je n’ai pas vu ma mère depuis huit ans et son état s’est beaucoup dégradé dans cette maison de retraite où elle vit enfermée dans une petite chambre refusant le contact des autres pensionnaires. Quand nous partons elle dit : Merci mon Dieu, maintenant je peux mourir…

Nous retournons en province.
Miguel va se déclarer à la caserne pour faire son service militaire (les expatriés ne sont pas appelés). Il souhaite s’engager, la vie militaire l’attire. Mon beau-frère est venu avec nous et quand mon fils dit qu’il aimerait apprendre la cuisine mon beau-frère lui crache : tu ne vas quand même pas faire : " marchand de soupe ! ".
Moi je veux bien qu’il fasse " marchand de soupe " pourvu que ça lui plaise… mais Miguel  blessé, se laisse influencer et dit qu’il ne veut plus " faire cuisine ".
Dommage, il a peut-être manqué sa vocation car il est très doué pour la cuisine…

Les dixième et onzième jours, je vis sur la terrasse à l’écoute d’une sonnerie du téléphone. Ce n’est que le lendemain dans la soirée que mon avocate annonce que tout est bien fini : personne n’a fait Appel. Elle a attendu pour être certaine en raison des délais d’acheminement du courrier.

J’annonce la bonne nouvelle à quelques amis d’Afrique qui vont se charger de répandre l’information. J’ai décidé de rester en France.




 

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Samedi 10 juin 2006
communauté : De la Vie publié dans : 1991 (le procès)
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Le procureur :
Il rappelle qu’en enlevant mon enfant j’ai commis un acte très grave, que je n’ai pas respecté la loi qui avait ordonné un droit de visite pour le père, etc, etc.
Il dit aussi que l’absence du père au procès traduit plus un désir de revanche que de rapprochement avec son fils, qu’il s’est contenté d’une rédaction qui aurait certainement obtenu une bonne note au BEPC mais qui n’était pas de mise dans ce tribunal,
Considérant les faits qui ont motivé ma fuite, que l’enfant est maintenant âgé de vingt ans et que l’infraction a cessé : il ne demande aucune sanction à mon encontre.

Mon avocate :
Elle résume les déclarations de mes témoins et demande l’abandon des charges qui pèsent contre moi compte tenu de mon exil en Afrique, de l’abandon de ma carrière, de ma famille, de mon pays qui peuvent être considérés comme une peine suffisamment lourde que je me suis infligée par anticipation.

La Présidente me demande si j’ai autre chose à ajouter qui n’aurait pas encore été évoqué. Mon avocate me fait signe de me taire, que tout va bien… " Non, je n’ai rien d’autre à dire ".

Le tribunal se retire pour délibérer. Mon avocate est optimiste, il est rare qu’un tribunal demande une peine plus forte que celle demandée par le procureur… et comme il n’a rien demandé… je risque tout au plus une peine avec sursis.

Après une courte délibération, le tribunal revient. La présidente prononce un tas de choses incompréhensibles pour moi, me regarde et dit : " c’est fini "…
Je serre la barre de toutes mes forces pour ne pas tomber et j’attends la suite. Elle parle à ses assesseurs, il y a plein de bruit dans la salle, des gens partent, son regard se pose de nouveau sur moi qui continue à attendre et elle dit avec un sourire : " c’est fini, vous pouvez partir "…
Je murmure un " Merci " mais je ne comprends pas, ça ne veut rien dire, " c’est fini… " il faut que l’on m’explique…
Mon fils et mon avocate me prennent sous les bras et me sortent hors de la salle.

Il y a plein de monde dans cette autre salle immense, tout le monde me parle, les miens et des gens que je ne connais pas. Je ne comprends rien, je m’agrippe à mon avocate : qu’est-ce que ça veut dire " c’est fini " ?
Il va m’arriver quoi maintenant ?

Rien sauf que le Parquet ou mon " ex " ont dix jours pour faire appel du jugement. En ce qui concerne le Parquet c’est peu probable vu les circonstances, reste " l’ex " qui vit pour ce procès depuis treize et qui va probablement se sentir frustré.
Cependant, comme il n’a pas eu le courage de se présenter, qu’il semblerait que son avocate ignorait les perversités de son client, que son association de pères abandonnés va certainement lui demander des comptes quand elle va apprendre qui il est réellement… on peut penser qu’il ne fera pas appel.

Encore dix jours d’attente et ce cauchemar sera terminé.


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Vendredi 9 juin 2006
communauté : De la Vie publié dans : 1991 (le procès)
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