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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :





J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

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La grand-mère, spécialiste des coups tordus invite Miguel sans lui dire que son père sera là.

C’est son père qui vient le chercher à la gare. Miguel se sent piégé car il ne souhaitait plus le rencontrer.

Alors qu’ils échangent quelques banalités, Miguel prend conscience qu’il tremble. Il est blotti contre la portière, les bras serrés, se faisant le plus petit possible.
Des flashes, lui viennent à l’esprit, il est tout petit, il a très peur, il se serre contre la portière de la voiture, un visage furieux lui hurle des mots qu’il ne comprend pas…
A ce moment il sait que tout est bien vrai, personne n’a rien inventé contrairement à ce que certains prétendent, son père le brutalisait.

James fait des efforts de communication mais il ne peut s’empêcher de ponctuer ses paroles de petites phrases assassines concernant l’enlèvement.

Le lendemain en famille il entame une série de questions qui pourraient être une marque d’intérêt mais qui en fait n’est qu’un lynchage.

Tes études ?… c’est un échec total : ça ne m’étonne pas, avec ta mère…

Tu es militaire ! : ce sont tous des cons !

Les Européens d’Afrique ! : que des fainéants et des exploiteurs,

Tu fais de l’équitation ! : ce n’est pas un sport d’homme ça,

Tu vote pour qui ? : c’est bien ce que je pensais, tu n’as aucune personnalité, tu suis les idées débiles de ta mère !

Et tout y passe, tout est avili, dénigré… Miguel tient tête, son père l’insulte sans retenue, le traite de lavette, de bon à rien, dit qu’il aurait été préférable qu’il soit mort plutôt que de devenir ce qu’il est devenu… ils finissent face à face prêts à se battre.

Se battre avec ses parents est une chose banale dans cette famille, mais totalement proscrite dans la mienne. Miguel se trouve dans l’impossibilité de frapper : cet homme est de vingt ans son aîné et il est malgré tout son géniteur.

Il choisit de partir sous le regard stupéfait de cette famille qui le voit comme un lâche.
 
Quand il me raconte la scène, je me montre très fière de lui.



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Lundi 3 juillet 2006
- Communauté : Les périodes sombres - Publié dans : 1993 / 1995
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Rosalie est maintenant dans son appartement. Nous nous rendons visite. Elle profite de ces occasions pour m’adresser de multiples reproches.

Des reproches de gamine du genre : je souffre encore du jour où tu m’as accusée d’avoir pris un crayon de maquillage alors qu’il avait roulé derrière un meuble, ou
"Je ne te pardonnerai jamais de m’avoir interdit d’aller à la boum de mon amie Clara.
- Ce n’était pas ton amie, mais l’amie d’une copine et elle avait invité des garçons qui avaient dix ans de plus que vous. Vous étiez des enfants, ils étaient des hommes. Il est normal que Boris et moi ayons refusé. A ton âge tu dois bien comprendre que c’était risqué…
-  Non je ne comprends pas, d’ailleurs il ne s’est rien passé.
- C’est trop facile de dire après coup il ne s’est rien passé, nous avons agi par précaution.
- peu importe, je ne te pardonnerai jamais…"

Tout est du même acabit. Ces reproches incessants me démontent, je culpabilise. Ai-je vraiment tout raté, ai-je vraiment été aussi mauvaise mère ? ne lui ai-je infligé que des souffrances sans rien lui apporter de bon, même pas quelques bons souvenirs ?

Elle n’a jamais le moindre mot de reconnaissance pour l’avoir sauvée de la faim, de la prostitution et du manque d’instruction. Elle ne parle jamais des bons moments. Elle ne se souvient que des mauvais et me les reproche. Je ne pense pas avoir mérité ça…je n’attends pas de remerciements, mais " rien " me suffirait.



Je ne regrette en rien d'avoir sorti une petite fille de la misère. Je l'ai fait naturellement sans rien attendre en échange mais je n'admets pas qu'elle me fasse passer pour une mauvaise personne.

 

 

 

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Samedi 1 juillet 2006
- Communauté : Etre pour les autres. - Publié dans : 1993 / 1995
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Ce voyage (Toronto, Québec, Montréal) tombe à point pour nous retrouver mon compagnon et moi. Les quatre mois écoulés ont été presque exclusivement consacrés à ma sœur et même quand nous étions ensemble, mon esprit était ailleurs.
Visiter le Canada est un rêve commun. Nous bénéficions de prix très attractifs grâce au comité d’entreprise que nous payons par mensualités.

Je m'étais fait une promesse : arrêter de fumer si ma sœur survivait au cancer. Je suis donc en plein sevrage.
Je parle de l’arrêt du tabac pour dire ma fierté tout au long de ce voyage en voyant les " accros de la nicotine " se précipiter dehors à chaque arrêt du car, l’œil hagard, le geste fébrile pour aller téter leur bâton de poison.
Alors que cela fait un peu plus d’un mois que j’ai arrêté de fumer mon paquet et demi journalier, c’est une stimulation bien réconfortante. On ne félicite jamais assez ceux qui arrêtent…


Le voyage bien qu’épuisant par son rythme est une aventure extraordinaire. Tout est conforme et même mieux que ce que nous espérions.

L’architecture et les paysages sont grandioses. L’accueil de " nos cousins " si près et si éloignés de nous est plein de spontanéité et de gentillesse.
Je déplore que leur côté bon enfant les fasse passer pour des naïfs. A mon retour beaucoup restent incrédules quand je parle de technologies beaucoup plus modernes que les nôtres. En France, on imagine que tous les canadiens sont des bûcherons qui vivent dans des cabanes meublées avec des troncs d’arbres.
On refuse d’entendre parler des voitures gigantesques, des gratte-ciel, des villes souterraines, du modernisme à l’américaines… on préfère ricaner et penser que " nos cousins " sont plus stupides que nous, cela réconforte…

Nous sommes déçus et honteux de l’attitude de certains français peu soucieux de l’image qu’ils donnent de leur pays. Agressivité, vandalisme, vulgarité, mépris sont souvent le fait de gens qui se trouvent là par hasard comme un groupe d’employés dont le patron a offert ce voyage à l’occasion de l’anniversaire de l’entreprise.
Une dizaine de personnes de notre groupe dorment toute la journée, ne participant à aucune activité pour être en forme le soir dans les bars dont ils rentrent très tard et fortement avinés.

Nous sommes revenus enchantés, des souvenirs plein la tête avec l’espoir d’y retourner un jour si nous en avons les moyens.



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Jeudi 29 juin 2006
- Communauté : De la Vie - Publié dans : 1993 / 1995
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Ma sœur ne communique pas. Quand elle m’appelle, elle pleure mais ne veut rien dire… Elle attend du réconfort mais sans rien confier.

C’est ainsi que lorsque je lui souhaite son anniversaire, mon beau-frère m’annonce qu’elle va être hospitalisée d’urgence à Paris car cela fait trois mois qu’elle est très malade et qu’on ne trouve pas l’origine de ses malaises.

Dès son arrivée, je me précipite à l'hôpital. Je trouve ma sœur complètement défigurée, bouffie par la cortisone qu'on lui a administrée à forte dose.

Ce traitement cache les maux réels. Il faut attendre que le produit soit éliminé avant de commencer les examens.

Elle souffre d'un lymphome. Je ne vous raconterai pas les traitements, les opérations, les séjours en soins intensifs puis la chimiothérapie et l’isolement.

Ma sœur bascule entre la vie et la mort pendant trois mois. Je vais la voir pratiquement tous les jours car elle réclame sans cesse ma présence.

Son mari est resté auprès d’elle aussi. En le relayant je lui permets de tenir car nous ne sommes que deux.

Je fais tout ce que je peux pour elle et même davantage. Je suis épuisée, elle me fait courir partout. Je me souvient d’un dimanche 26 décembre où j’ai cherché partout des fruits fourrés à la pâte d’amande. La plupart des boutiques étaient fermées. J’ai fini par les faire moi-même en catastrophe car c’était la seule nourriture qu’elle acceptait de prendre.
Après, elle m'en demandait tout le temps ; non pas parce qu’elle les mangeait à toute vitesse mais parce que la famille de son mari se les goinfraient sans complexe ! Je devais en faire plusieurs fois par semaine le soir après ma journée de travail et ma visite à l’hôpital.

Chaque jour elle me demandait de faire des achats. J’ai acheté une perruque, des tonnes de bonnets, de foulards et une eau de Cologne introuvable mais dont elle avait envie. Parfois quand j’arrive le soir à la maison, l’infirmière me demande de revenir car elle n’arrive pas à calmer ma sœur qui pleure et fait des arrêts cardiaque.

J’ai vieilli de dix ans en trois mois.

Enfin elle s’en est sortie, tout doucement.

Dès qu’elle s’est trouvée hors de danger et que ma présence est devenue moins indispensable, mon beau-frère m’a fait comprendre que je devais m’effacer. Ses enfants prenaient le relais.

En remerciement pour ce que j’avais fait, non sans me dire que j’étais responsable de la maladie de ma sœur, puisque selon lui, le lymphome était la conséquence directe des contrariétés provoquées par ma fuite en Afrique, mon beau-frère m’a donné un chèque pour mon argent de poche (nous partions au Canada) en me recommandant comme à une môme de ne pas le dépenser avant de partir.




 

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Mercredi 28 juin 2006
- Communauté : Etre pour les autres. - Publié dans : 1993 / 1995
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Sa grand-mère a beaucoup insisté pour qu’une rencontre se produise.

 
Il faut à Miguel beaucoup de courage pour accepter. Son père a dit qu’il se moque bien de lui, alors, pourquoi aller plus loin ?

 
Je pousse Miguel, il ne doit pas rester dans un non-dit, il doit montrer à son père qu’il est devenu un homme et qu’il n’a plus peur de lui.
 
Les jours qui précèdent la rencontre sont très difficiles à vivre, pleins de doutes et de questionnements.

 
Depuis son retour d’Afrique, Miguel est allé plusieurs fois chez ses grands parents. Jusqu’à ce jour il n’y a retrouvé que de doux souvenirs.

 
La présence de James ou plus exactement sa voix, les portes claquées, les objets qui tombent et se brisent, les cris, les disputes font surgir les images de scènes violentes. Il se revoit spectateur apeuré de violentes disputes dont il ne comprend pas le motif.

 
Pendant les premières heures de la rencontre, les deux hommes s’observent puis James sert son discours préparé, pratiquement le même que celui qu’a tenu la grand-mère :

 
" on " nous a empêché de nous aimer,
 
" on " lui a menti,
 
" on " a décidé pour lui, etc.

 
Miguel ne peut répondre, tant il est surpris par tant de mauvaise foi.
 

Comme a sa grand-mère, il dit qu’il n’a pas été élevé dans la haine.  Le moment n’est pas bien choisi pour remettre le passé en question mais il serait préférable de créer l’avenir.

 



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James est venu faire mon procès, pas pour parler d’amour, d’avenir et de nouveau départ. Il veut juste régler ses comptes avec moi au travers de son fils.




 

 
Mardi 27 juin 2006
- Communauté : Etre pour les autres. - Publié dans : 1993 / 1995
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