
Ecrire un commentaire - Par Camomille

Je ne regrette en rien d'avoir sorti une petite fille de la misère. Je l'ai fait naturellement sans rien attendre en échange mais je n'admets pas qu'elle me fasse passer pour une mauvaise
personne.
Ma sœur ne communique pas. Quand elle m’appelle, elle pleure mais ne veut rien dire… Elle attend du réconfort mais sans rien confier.
C’est ainsi que lorsque je lui souhaite son anniversaire, mon beau-frère m’annonce qu’elle va être hospitalisée d’urgence à Paris car cela fait trois mois qu’elle est très malade et qu’on ne trouve pas l’origine de ses malaises.
Dès son arrivée, je me précipite à l'hôpital. Je trouve ma sœur complètement défigurée, bouffie par la cortisone qu'on lui a administrée à forte dose.
Ce traitement cache les maux réels. Il faut attendre que le produit soit éliminé avant de commencer les examens.
Elle souffre d'un lymphome. Je ne vous raconterai pas les traitements, les opérations, les séjours en soins intensifs puis la chimiothérapie et l’isolement.
Ma sœur bascule entre la vie et la mort pendant trois mois. Je vais la voir pratiquement tous les jours car elle réclame sans cesse ma présence.
Son mari est resté auprès d’elle aussi. En le relayant je lui permets de tenir car nous ne sommes que deux.
Je fais tout ce que je peux pour elle et même davantage. Je suis épuisée, elle me fait courir partout. Je me souvient d’un dimanche
26 décembre où j’ai cherché partout des fruits fourrés à la pâte d’amande. La plupart des boutiques étaient fermées. J’ai fini par les faire moi-même en catastrophe car c’était la seule
nourriture qu’elle acceptait de prendre.
Après, elle m'en demandait tout le temps ; non pas parce qu’elle les mangeait à toute vitesse mais parce que la famille de son mari se les goinfraient sans complexe ! Je devais en
faire plusieurs fois par semaine le soir après ma journée de travail et ma visite à l’hôpital.
Chaque jour elle me demandait de faire des achats. J’ai acheté une perruque, des tonnes de bonnets, de foulards et une eau de Cologne introuvable mais dont elle avait envie. Parfois quand j’arrive le soir à la maison, l’infirmière me demande de revenir car elle n’arrive pas à calmer ma sœur qui pleure et fait des arrêts cardiaque.
J’ai vieilli de dix ans en trois mois.
Dès qu’elle s’est trouvée hors de danger et que ma présence est devenue moins indispensable, mon beau-frère m’a fait comprendre que je devais m’effacer. Ses enfants prenaient le relais.
En remerciement pour ce que j’avais fait, non sans me dire que j’étais responsable de la maladie de ma sœur, puisque selon lui, le lymphome était la conséquence directe des contrariétés provoquées par ma fuite en Afrique, mon beau-frère m’a donné un chèque pour mon argent de poche (nous partions au Canada) en me recommandant comme à une môme de ne pas le dépenser avant de partir.
Sa grand-mère a beaucoup insisté pour qu’une rencontre se produise.
Comme a sa grand-mère, il dit qu’il n’a pas été élevé dans la haine. Le moment n’est pas bien choisi pour remettre le passé en question mais il serait préférable de créer l’avenir.
James est venu faire mon procès, pas pour parler d’amour, d’avenir et de nouveau départ. Il veut juste régler ses comptes avec moi au travers de son fils.
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