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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 14:50


 


A vingt et un mois, trois mois après le décès de mon père, je suis vaccinée contre la variole. J’ai beaucoup de fièvre, le bouton prend des proportions alarmantes. La réaction est beaucoup trop forte.
 
Dans les mois qui suivent je deviens nerveuse, je ne dors presque plus, je n’ai plus d’appétit et quand je pleure j’ai de plus en plus de difficultés à reprendre mon souffle.
Ma mère est inquiète, le médecin s’étonne qu‘ayant élevé quatre enfants elle s’alarme pour de simples colères !
Il est nécessaire de me choquer pour que ma respiration reprenne. Un peu plus tard, me taper dans le dos n’évite plus les convulsions. Quand le médecin arrive, tout est rentré dans l’ordre et il ne peut que constater que je vais bien.
 
Il est persuadé que je suis une enfant " perturbée ", colérique et capricieuse. Il donne un nom à ma maladie : je fais des crises de tétanie (on dit maintenant spasmophilie). Il me prescrit un médicament qui vient d’être mis en vente : le Largactil.
Ma mère ne voit aucune amélioration, bien au contraire mais il paraît que sans médicament ce serait encore pire…
 
Les crises sont de vraies épreuves pour les miens, incapable d’expirer l’air de mes poumons, je tombe, mon corps se met en arc, mes yeux sont révulsés… de l’eau froide, des cris, des pleurs, j’entends tout, on m’aime, je suis rassurée… j’expulse l’air et me relève comme si rien ne s’était passé…
 
Les essais pour me scolariser sont des échecs. Une journée de classe, huit jours au lit avec fièvre et convulsions.
 
Un après-midi alors que je joue tranquillement, ma tête reste collée à mon épaule, impossible de la relever. Je reste 3 semaines comme cela…
Le médecin vient tous les jours et force pour me redresser la tête… il me fait très mal. Un matin je me réveille, la position de ma tête est redevenue normale.
 

Le médecin dit que cela ne peut plus durer et qu’il faut me placer dans un institut spécialisé. Ingénue ma mère demande : "spécialisé en quoi ?  il répond : "mais en maladies mentales…"






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13 janvier 2006 5 13 /01 /janvier /2006 11:25

 



  

Curieusement, mes quatre sœurs, leurs maris et même les enfants, n’ont aucune difficulté à se libérer, d’habitude elles n’ont jamais le temps de venir lui rendre visite, même pas pour remercier des mandats reçus.
 
Mes deux sœurs aînées ne savent pas que la maison et son contenu ont été vendus. Elles vident les meubles et partagent en cinq tout ce qu’elles estiment avoir une valeur. Un de mes beaux-frères a pris rendez-vous avec un brocanteur qui videra la maison et nous paiera immédiatement.
 
La rage m’étrangle mais il faut laisser faire. Le notaire nous a fait passer un message : la transaction doit rester secrète.
 
 
Je n’ai gardé que quelques images de l’enterrement.
- le curé glacial. Ma grand-mère avait organisé son enterrement et nous ne respectons pas ses dernières volontés. L’argent nécessaire était caché mais quand nous sommes arrivées le soir du décès, il n’y avait plus rien : ni argent, ni bijoux, ni titres, ni actions, tout avait été volé…
- la marche interminable de l’église au cimetière sous la pluie,
- les condoléances, distantes pour ma famille, chaleureuses pour moi, tout le monde sait que mon chagrin est sincère.
 
Tout mon esprit tend vers elle, pour d’ultimes adieux. Personne de ma famille ne prend ma douleur en considération.
 
Nous allons directement du cimetière à l’étude du notaire.

Après avoir lu le partage des quelques biens, on en arrive à la maison. Il annonce qu’elle a été vendue " en viager " mais que la vente est contestable car il manque 24 heures pour que le délai légal entre la vente et le décès soit respecté… il ajoute que si aucun des héritiers ne conteste, la vente sera validée. Sous l’effet de surprise, le notaire fait signer à chacune un acte de renonciation à toute contestation.

 
Mes deux sœurs passent à la maison prendre leurs bagages, laissant derrière elles les cinq paquets remplis d’objets triés. Elles sont furieuses.

Ma mère est déstabilisée : cette belle-mère qu’elle a tant détestée vient de réaliser son rêve : avoir une maison à elle. Je n’ai plus jamais entendu dire de mal de grand-mère.


Mon cœur saigne mais je suis apaisée, la paix est sur cette maison, ma grand-mère peut reposer en paix.




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12 janvier 2006 4 12 /01 /janvier /2006 08:56

 




 
 
Un télégramme arrive, il faut venir d’urgence, ma grand-mère est très malade.
Deux jours après, comme nous n’avons pas répondu, le médecin envoie un télégramme disant qu’il est impératif qu’une personne vienne s’occuper en permanence de ma grand-mère. Ne pouvant plus reculer, ma mère fait ses valises, je l’accompagne.

 
Au bout de quelques jours elle est de nouveau sur pied mais elle sait que sa fin est proche. Elle tient à me favoriser. Elle veut me donner sa maison en laissant l’usufruit à ma mère. Je refuse. Les conséquences de ce privilège me font peur. A dix sept ans, je suis complètement dépendante de ma famille (à l’époque la majorité est à 21 ans) et je sais que ma vie deviendrait un enfer si j’acceptais.
Le notaire propose que la maison soit vendue " en viager " à ma mère, elle n’a pas d’argent, ma grand-mère lui donne la somme nécessaire …

 
Quelques jours après, elle se sent mieux et nous demande de partir.
Alors que nous sommes seules, elle me dit que le médecin lui donne six mois ou au mieux un an à vivre si elle suit un régime draconien et mène une existence ralentie. Cette " vie-là " ne l’intéresse pas, sans sucre, sans sel, sans un petit verre de cidre, sans s’occuper de tout ce qu’elle aime ? elle préfère arrêter là. Je comprends. Nos adieux sont déchirants. Ma mère ne sait rien…nous ne cessons de nous embrasser encore et encore…nous savons que ce sont de vrais adieux.

 
Je lui écris presque tous les jours. Mon esprit s’apaise, je finis par accepter qu’elle parte…puisque c’est sa décision.
 
Un midi en rentrant du lycée je trouve des valises dans l’entrée. On a téléphoné chez notre voisine pour annoncer le décès.
 
Elle s’est levée ce matin, son cœur a lâché. Elle n’a pas souffert, rien n’est dérangé dans la chambre, son visage est serein, elle est très belle !…


 

 

 

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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 08:02



  

 

Ma grand-mère en femme intelligente ne me répondait jamais directement. Elle continuait à écrire tous les quinze jours en ajoutant un petit paragraphe à mon attention sans aucune allusion au contenu des courriers.
Ce paragraphe était toujours plein d’amour, d’ailleurs je ne me souviens pas qu’elle m’ait dit un jour autre chose que des compliments et des mots valorisants.

J’ai appris, après son décès, que mes lettres étaient lues et commentées par tout une partie du village, tellement elle en était fière.
Dès qu’elle apercevait le facteur de la fenêtre, elle sortait, quel que soit le temps et allait attendre devant la porte du jardin. Elle attendait tous les jours. Le facteur et les voisins essayaient bien de la raisonner en lui disant que les lettres n’arrivaient que deux fois par mois, elle espérait toujours … 

C’est d’autant plus triste qu’elle était une " forte femme ", pas une petite chose chétive et fragile. Elle cultivait un grand potager, élevait une quinzaine de lapins, une ribambelle de poules et quelques canards. Elle entretenait un verger, faisait son cidre et son eau de vie. 

Sa solitude lui pesait trop. Un jour que ma mère se plaignait du coût engendré par mes études, espérant ainsi obtenir quelque argent, ma grand-mère proposa que je reste avec elle, qu’elle assumerait tous les frais. Ma mère réagit très mal, menaçant de se tuer si nous étions séparées.

Ma mère n’eut pas d’argent et ma grand-mère resta seule. 

Après que l’espoir de me garder se soit envolé, sa santé commença à se dégrader. Ne sachant que faire pour la rattacher à la vie, je lui écrivis, une fois par semaine.  


 

 

correspondance avec ma grand-mère,solitude,attente de courrier

 



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10 janvier 2006 2 10 /01 /janvier /2006 10:45




 
Quand nous partions, à la fin des vacances, ma grand-mère pleurait, nous faisant promettre d’écrire. Nous promettions mais bien entendu, personne ne le faisait.
 
De son côté, inlassablement, elle écrivait. La seule réponse qu’elle recevait était quand ma mère lui indiquait à qu’elle date nous revenions (afin qu’elle envoie l’argent nécessaire à payer les billets de train).
 
Correspondre avec elle n’a pas été chose facile :
 
La première fois que j’ai demandé une enveloppe et un timbre, on me répondit : Toi, tu veux écrire ? avec toutes les fautes que tu fais ? tout le village va se moquer de toi…
 
Au retour des vacances suivantes, ma grand-mère m’ayant affirmé qu’elle se moquait bien de mes fautes, que c’est en écrivant que j’apprendrais à moins en faire, j’ai de nouveau voulu écrire.
 
Je faisais des lettres mais à chaque fois il manquait soit des enveloppes, soit des timbres…et je finissais par les déchirer.
 
Nouveau retour de vacances, ma grand-mère a donné des timbres et des enveloppes à ma mère… Pas de chance, cette fois encore : on ne retrouve plus les enveloppes et on a besoin des timbres pour des choses plus importantes…
 
Autre retour de vacances, je reviens avec des enveloppes déjà remplies et timbrées. Cette fois il n’y a plus moyen de m’empêcher. J’ai gagné, enfin nous avons gagné.
 
Je n’ai jamais entendu ma grand-mère se plaindre, elle savait bien que toute parole aggraverait la situation.

Fallait-il qu’elle nous aime pour supporter ça !





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9 janvier 2006 1 09 /01 /janvier /2006 10:10


 



Comme je refusait de comprendre qu’il ne fallait pas aimer ma Grand-mère, ma mère et de mes quatre sœurs me firent une révélation que je devais garder secrète.
Non seulement elle avait tué mon père mais elle avait " très certainement " empoisonné son deuxième mari.
Les soupçons étaient basés sur les faits suivants :
  1.  

  2. - elle avait un laurier rose, plante très nocive qu’elle nous interdisait de toucher, 
  3. - elle préparait des tisanes pour son mari et le forçait à les boire, 
  4. - celui-ci, se plaignait de son insistance à lui faire boire, 
  5. - enfin, il souffrait de l’estomac…
Bien que ces preuves soient évidentes… (lol), je n’étais toujours pas convaincue.
On me dit qu’il fallait me méfier d’elle : me tenir éloignée lorsqu’elle transportait des plats chauds, utilisait des objets dangereux (couteaux, ciseaux, hache, etc…) et ne plus accepter de goûter de qu’elle me donnait à manger…
Je n’arrivais pas à respecter ces avertissements. J’étais attirée par cette femme et rien ne pouvait m’en éloigner. Dès que je la voyais, j’étais tellement bien que j’oubliais toutes ces choses horribles qu’on ne racontait.
Je ne cessais de demander : " Mais pourquoi voudrait-elle me faire du mal ?"

La réponse était toujours la même : "Parce qu’elle est méchante, c’est tout… " 

 

 

révélations, manipilations,empoisonnement,laurier rose,tisane empoisonnée

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9 janvier 2006 1 09 /01 /janvier /2006 00:39
 
 



 
J’ai été élevée dans la haine envers ma grand-mère. Mon père est mort alors que j’avais dix huit mois et comme il est nécessaire de trouver un responsable lorsqu’un grand malheur s’abat, ma mère a trouvé dans sa belle-mère la responsable toute désignée.
 
Elle la disait responsable d’avoir laissé son enfant fréquenter les militaires qui s’amusaient à le faire boire alors qu’il était encore enfant – c’était la guerre – et s’engager dans l’armée. C’était disait-elle à cause de cela qu’il était mort à quarante deux ans d’un infarctus.
 
Nous étions cinq sœurs, l’aînée avait dix huit ans. Ma mère ne travaillait pas, elle ne savait rien faire. Ma Grand-mère nous faisait parvenir de nombreux colis de nourriture et de vêtements mais ce n’était jamais bien, jamais suffisant… les pommes de terres étaient petites et les vêtements étaient moches…
 
Nous passions toutes nos vacances chez elle surtout après le décès de son deuxième époux, le premier ayant été tué à la guerre. Pour moi c’était le bonheur, toute cette nourriture, ces desserts, ces cadeaux, mais on me disait que ce n’était rien, qu’elle avait beaucoup d’argent et qu’elle ne nous en donnait pas.
 
On me disait qu’elle menait grande vie, qu’elle voyageait, qu’elle allait à la mer. Je n’étais jamais allée à la mer, alors ça me faisait envie. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait soit du voyage annuel de la paroisse sur des lieux de pèlerinage ou du voyage des anciens cheminots à Trouville !
Il n’y avait vraiment pas de quoi être jalouse ! 
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  • : MA VIE EN PATCHWORK
  • MA VIE EN PATCHWORK
  • : C'est l'histoire d'une vie mouvementée, la mienne avec des joies et des peines. Le poids du silence devenait trop lourd, j'ai souhaité partager mes souvenirs avec d'autres pour qu'ensemble nous apportions des réponses à certaines de mes questions.
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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

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