Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 16:34

 

 

J'arrive en vacances très déprimée. Je suis épuisée. Depuis plus d'un mois nous avons eu énormément de travail.

Le week-end  Mick et moi exécutons des travaux simples mais fastidieux qui nécessitent beaucoup de temps et d'espace. L'atelier étant vide, nous pouvons occuper les tables qui habituellement sont prises et disposer de l'étuve qui est toujours pleine dans la journée.
A cause de cette étuve, nous partons tard le soir pour attendre que les pièces soient « cuites ».
Comme ce travail ne suffit pas pour répondre à la demande, je rejoins l'équipe dans l'atelier et sérigraphie des capots. Mick aussi fait sa part dès qu'il le peut. C'est difficile, il faut travailler vite avant que l'encre ne sèche sur les écrans et bouche les trous.

Ce qui m'est le plus pénible c'est la manutention : dépelliculer et empiler les 200 capots, les nettoyer et les placer soigneusement un à un sur la table de sérigraphie, appliquer l'écran, passer la racle, ranger le capot sur une claie et quand ils sont secs, les empiler et appliquer la deuxième couleur. Le dépelliculage et le nettoyage en moins, il faut répéter ces opérations pour la troisième et la quatrième couleur... J'ai mal partout ! je souffre du dos jour et nuit. Je ne dis rien, je tiens grâce à des analgésiques. Il faut que le travail soit fait.

Nous pourrions embaucher des intérimaires. Nous avons essayé les années précédentes. Le coût a absorbé en totalité le gain engendré par le travail supplémentaire! De plus, le client commande au jour le jour. Il peut décider de stopper du jour au lendemain et reprendre trois jours plus tard. Nous nous trouvons alors avec un intérimaire qui coûte cher et à qui n'a rien à faire.


Miguel ne me téléphone plus. Quand j'appelle il met rapidement fin à l'entretien. Il est fâché contre moi. Je lui ai dit des choses ignobles alors que pour lui aussi cet éloignement est une épreuve.

Ma rencontre avec Françoise a encore fait baisser mon moral. Même si je ne sais pas encore que cet événement restera sans suite, je n'ai trouvé auprès d'elle ni l'enthousiasme ni la chaleur que j'escomptais.


Je suis en vacances mais rien ne m'intéresse.


Mick propose de prendre des renseignements concernant l'achat d'une maison. Nous avons reconstitué peu à peu les économies que nous avions avant d'acheter l'entreprise. Depuis plusieurs mois nous prospections pour un appartement en région parisienne.
Les prix étaient hors budget. Impossible d'acheter sans faire un emprunt et pour un diabétique et une hypertendue de soixante ans... ce n'était pas gagné !

Les prix dans ce port de pêche de Bretagne sont beaucoup plus abordables. Nous aimons cette petite ville où nous passons nos vacances depuis de nombreuses années.
Nous ne visitons que deux maisons. Nous nous décidons en quelques heures. Il y a de nombreux travaux à faire mais nous n'avons pas les moyens d'acheter une maison neuve.
Il y a un petit jardin. C'est une merveilleuse surprise pour moi. Mick avait toujours dit que jamais il n'aurait de jardin et je m'étais résignée.

Les visites, les formalités, les rêves, la peur d'oublier quelque chose occupent nos deux petites semaines sans nous laisser un instant de repos. Impossible de dormir avec toutes ces pensées qui s'agitent.

 

 


Vers la fin des vacances, n'y tenant plus,  j'appelle Miguel. Je ne lui parle pas de la maison que nous sommes en train d'acheter. D ‘ailleurs je ne parle pas beaucoup, je ne fais que pleurer. Je ne peux supporter qu'il me boude ainsi.
Il comprend que c'est mon grand désarroi qui m'a fait dire des paroles si blessantes. Je lui dit que je l'aime, que j'ai mal de le savoir loin. Comme d'habitude, il proteste : il n'est qu'à trois heures de route !
Il me sert toujours le même discours. Une nouvelle fois j'insiste. Avant en moins d'une heure nous pouvions nous rencontrer, maintenant il faudra quatre heures et autant pour le retour. Ce n'est quand même pas la même chose !
Cette conversation m'a apaisée. Miguel n'est plus fâché. Il a fini par comprendre.

Nous rentrons de vacances sans être reposés mais avec au fond du cœur un sentiment de bonheur. Si tout va bien, nous allons devenir propriétaires.


 

Page suivante  -  Page précédente

 

 

 


 

Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 16:19

 

Le lendemain j'adresse à Françoise un courriel de remerciements auquel je joints les photos de sa maison, d'elle et de sa sœur. Une semaine plus tard, n'ayant pas de réponse, je relance. Aurait-elle des ennuis ? Serait-elle malade ?

Elle attend quelques jours et répond brièvement qu'elle est très occupée...

J'envoie quelques courriels pour prendre de ses nouvelles ainsi que de sa famille. Sa réponse, quand il y en a une c'est « Excuse moi, je n'ai pas le temps, je suis trop occupée...

Je lui souhaite son anniversaire. Là non plus, je n'obtiens aucune réponse. Un mois plus tard, elle n'a toujours pas répondu et s'abstient de souhaiter mon anniversaire alors qu'elle avait noté la date...

Cette fois j'ai compris. Il n'y aura pas de suite à nos retrouvailles.

Un peu avant Noël, je suis contactée par un ancien du village qui m'a trouvée sur Copains d'Avant. Il est de l'âge de Françoise. J'envoie donc l'adresse e-mail de mon contact à Françoise au cas où cela pourrait l'intéresser. J'en profite pour lui dire que j'ai bien compris qu'elle ne souhaitait pas reprendre notre relation mais qu'elle resterai toujours dans mon cœur. Que si un jour elle avait envie de me parler je serai toujours là pour elle.

Elle me fait alors une réponse qui m'a beaucoup étonnée. Elle dit qu'elle n'a encore décidé de rien. Elle doit prendre le temps de réfléchir très sérieusement à la suite qu'elle donnera ou ne donnera pas à notre rencontre.

Elle est désolée de me décevoir mais il faut vraiment qu'elle réfléchisse...

Je ne comprends pas en quoi notre relation est si compliquée. Je ne lui ai quand même pas fait une demande en mariage !

Il est évident que nous ne pouvions pas redevenir amies ainsi du jour au lendemain. Il ne s'agissait que d'une relation qui pouvait évoluer ou non vers un rapprochement plus intime.

Françoise me semble être devenue une personne très compliquée. Je pense en avoir assez fait. Elle dit ne pas avoir fermé la porte, je ne l'ai pas fermée non plus mais je suis décidée à ne plus y toucher.

Les mois ont passé sans qu'elle donne signe de vie. Je ne lui en veux pas. Je serai toujours là pour elle sans rancune et sans rancœur.

Je ne regrette pas cette aventure même si elle n'a pas eu une fin heureuse.

Françoise était un petit morceau de Moi, oublié quelque part comme une pièce du puzzle égarée.

 

 

 

 

Page suivante  -  Page précédente


 


 

 


Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 16:03


 

Françoise m'emmène chez sa mère qui habite toujours le village de mon enfance.
Je suis submergée par les images de jeunesse. La tête me tourne, les larmes coulent sans que je puisse les retenir.

La sœur de Françoise, Michelle, est là pour quelques jours. Nous avons été amies avant l'adolescence. Les rivalités pour des garçons nous ont séparées. Elle affiche une nette indifférence à mon égard.
Les deux sœurs parlent entre elles sans se préoccuper de moi. La vieille Maman se lève de la sieste. Elle est ravie de me voir. Comme elle est sourde, la conversation est difficile.
L'époux de Michelle et leur plus jeune fille rentrent d'une promenade à bicyclette. Tout le monde m'oublie. La nièce de Françoise qui veut rentrer à Paris demande à sa tante de l'accompagner. Elles semblent très complices.

Après avoir laissé la jeune fille dans le train, nous nous promenons dans un parc. Françoise parle longuement de ses ennuis de santé. Nous prenons une boisson fraîche sur une terrasse. De retour chez elle, nous dînons, Françoise parle de sa fille qui vient d'avoir le bac et qui part à l'université. Elle a trouvé une chambre pour elle et s'occupe de son aménagement dans les plus petits détails. Je trouve étonnant  la façon dont elle assume cette installation dans son intégralité comme si sa fille avait douze ans. Je me garde bien de faire la moindre réflexion.


Je dors très bien. Françoise m'a laissé sa chambre. Je me refuse d'avoir la moindre pensée négative. Je ferai le point plus tard. Au matin nous allons chercher le pain à pied, cela me permet de visiter le village. Je constate que Françoise est très appréciée. Elle est sans cesse arrêtée par les voisins qui prennent de ses nouvelles..


Sa fille et son fiancé font une apparition. Je ne suis pas étonnée de voir que la jeune fille traite très mal sa mère. Elle jette ses affaires de droite et de gauche, exige de l'argent, parle d'un ton très méprisant, bref, se conduit comme une enfant gâtée et mal élevée. Elle repart après avoir mis un désordre sans nom. Françoise range sans se plaindre.
Elle a préparé un bon repas. Nous retournons chez sa mère. Il fait très chaud. Je fais des photos de mon ancienne rue, de la maison où vivait ma grand-mère.
Par politesse, Michelle me pose quelques questions mais il est clair que je ne l'intéresse pas. J'ai hâte de partir. Françoise me raccompagne à la gare et me laisse attendre mon train seule dans le hall. Elle ne vient pas sur le quai comme elle l'a fait hier pour sa nièce.

Je la regarde s'éloigner d'un pas rapide. Elle ne se retourne pas. Je me demande si je la reverrai un jour.

 

 

 

 

Page suivante  -  Page précédente

 

 


Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 13:26


J'ai refusé de convenir d'un signe de reconnaissance pour voir si nous sommes capables de nous reconnaître - dans la négative, nous avons nos portables... A la gare je passe devant elle puis fais demi-tout, elle aussi a le regard braqué sur moi mais elle ne fait pas un geste.

Je demande : « Françoise ? » Elle répond « Oui ». Je m'attendais à de chaudes effusions mais son visage reste fermé. Elle réprime même un mouvement de recul quand je l'embrasse. Je lis dans ses yeux que mon aspect lui déplait.  J'ai vieilli mais ça, elle devait s'y attendre...

Pendant que nous nous dirigeons vers sa voiture, je cherche quelle peut-être la raison de sa froideur. J'ai pourtant pris soin  de m'habiller sobrement, je ne porte pas de bijoux autres qu'une montre et une alliance... il ne reste donc que mon obésité qui puisse la dégoûter ainsi. Françoise a beaucoup changé, en bien. Elle est mince et d'allure sportive. J'aime la coupe très courte de ses cheveux, son jean et son tee-shirt rose décolleté assorti au gilet posé sur les épaules.

Elle m'emmène voir mon ancien lycée. Nous n'avons pas de souvenirs communs dans cette ville. 

C'est beaucoup d'émotions pour moi. Je tremble, j'ai envie de pleurer. Je ne suis pas certaine que mon trouble soit dû à mon retour aux sources, mais plutôt à la sensation que les retrouvailles vont être un fiasco.

Nous mangeons à la terrasse d'un restaurant sur la grand-place de la ville. Comme à Paris, le maire a fait installer « une plage ». C'est  agréable mais bruyant, il est impossible de parler. Après un dernier tour de ville, nous allons chez elle, dans son village.

Je veux qu'elle me raconte sa vie depuis que nous nous sommes quittées. Elle s'est un peu détendue mais les mots ont du mal à sortir. Je l'aide en posant des questions. Elle s'agite, s'énerve, montre des photos pour éviter de répondre. Elle a du mal à respecter la chronologie des faits. J'ai un avantage sur elle : mon blog dont l'écriture m'a permis de hiérarchiser les événements de ma vie. Le récit de Françoise part dans tous les sens, les dates se mêlent et j'ai quelques difficultés à comprendre.

La situation vis à vis de son ex me semble trouble. Elle dit qu'il est parti depuis plusieurs années avec une autre dont il a un enfant mais en même temps elle me montre le courrier qu'elle reçoit chez elle. Elle paye ses factures, pointe sa banque, gère ses impôts... Elle dit avec fierté que son ex lui a donné procuration car sa nouvelle dilapide l'argent. Françoise agit en tutrice des biens du ménage.

J'ai du mal comprendre, je questionne encore.

Acculée, elle tombe le masque. Elle avoue que ce type qui lui a fait un enfant, l'a trompée à de nombreuses reprises, puis finalement quittée, qui a plus ou moins vécu à ses dépends, continue à se servir d'elle. Elle conclut en disant « c'est ça l ‘amour » !

Elle ne semble même pas jalouse des autres femmes. Elle s'inquiète pour lui, le plaint d'avoir une femme qui dépense tout son argent. On croirait entendre une mère parlant de son enfant.

C'est à mon tour d'être déçue. Je dois accepter. Cela ne me regarde pas. Françoise mène sa vie comme elle l'entend. L'essentiel est qu'elle y trouve du bonheur.

Je suppose qu'elle attendait autre chose de moi. Que je la soutienne, que je la conforte dans son attitude.

Dire que je comprends ne lui suffit pas. Elle attendait une adhésion totale.

Elle a soudain honte de s'être montrée à nu devant moi. Elle déteste mon regard étonné. Elle avait presque pardonné mon obésité, elle ne pardonne pas ce qu'elle considère comme une nouvelle trahison.

Il n'est que cinq heures de l'après midi et j'ai le sentiment qu'elle a envie que je parte. Elle dit des banalités, ce que je fais ne l'intéresse plus, elle m'envoie « des piques » du genre « ton histoire n'a rien de surprenant, tout le monde savait que ton ex était cinglé... » .

Comme pour se donner une contenance, elle cherche des photos dans toute la maison. Je m'en fiche des photos de gens que je ne rencontrerai sans doute  jamais.  Les moments de silence sont de plus en plus pesants.

 

 

 

 

 

Page suivante - Page précédente

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 15:25

 

Dès le lendemain je lui écris longuement. D'abord parce que sous le coup de l'émotion, je me suis trompée en donnant mon adresse e-mail.

Je dis combien j'ai pensé à elle, combien elle m'a manqué, comment j'ai été trahie par de prétendues amies et combien elle est toujours restée chère à mon cœur.

Une semaine plus tard, étonnée de ne pas avoir reçu de réponse, je lui demande si elle a bien reçu mon courriel, j'ai peut-être fait une erreur en notant son adresse...

Elle répond qu‘elle est très occupée, qu'il faut qu'elle trouve un moment pour répondre.

Les jours passent. Au moment où je crois que les choses vont en rester là, je reçois un long courriel. Elle est seule et doit assurer l'entretien et les études de sa fille. Elle travaille à mi-temps chez deux employeurs et doit s'occuper de sa mère qui est très âgée.

Je me résigne donc à attendre ses réponses.

Après quelques échanges très espacés, elle m'annonce qu'elle sera en congés en Août. Nous pourrions en profiter pour nous rencontrer. C'est une bonne idée.

Nous fixons une date.

Je me prépare à cette rencontre comme si j'allais à un rendez-vous amoureux.

 

 

 


 

 

Page suivante - Page précédente

 

 


Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 12:45

 

Quand je me présente, Françoise ne paraît pas surprise. Oui, elle se souvient de moi. Elle me demande pourquoi je l'appelle et « pourquoi maintenant ».

Je m'étais préparée à deux situations : 

1)  c'était elle qui avait pris l'initiative de la rupture et dans ce cas elle allait s'en expliquer.

2)  j'avais fait une chose qui l'avait profondément fâchée et je devrais m'en expliquer.

Dans les deux cas, nous avions toutes deux pris de la maturité et ce qui paraissait grave à l'époque l'était beaucoup moins aujourd'hui.

J'avais décidé de repousser le plus possible le moment où il faudrait parler du motif de rupture. Je commençais donc ainsi :


 Je ne me souviens pas de la raison de notre rupture mais je suis persuadée que j'ai fait une grosse erreur...

-  oui, en effet... Tu ne te souviens pas ?

-  non, vraiment pas. J'ai beaucoup cherché et fini par penser que je tu en avais eu assez de mes histoires sentimentales et d'être délaissée au profit de mes petits amis successifs.

Elle répond que ce n'est pas ça, mais que c'est « du passé » maintenant.

Comme je ne la sens pas prête à s'expliquer, je demande ce qu'elle est devenue. Je pose de multiples questions mais elle parle succinctement d'elle en me renvoyant  les questions.

J'en déduis qu'elle veut tout savoir de moi.

Moi aussi je veux tout savoir d'elle. Je n'ai pas envie de m'étendre sur ma vie, d'ailleurs il y a mon blog vers lequel je l'enverrais si cela l'intéresse.

Quand il faut raccrocher, nous échangeons nos adresses e-mail. C'est à ce moment qu'elle me redemande si je ne me souviens vraiment pas de la raison de notre rupture.

Je l'assure que non.

Elle dit qu'un jour elle est venue chez moi et que ma mère lui a dit de ne plus jamais revenir.

Je reste sans voix. Ce n'est pas croyable !

Pourquoi ma mère aurait-elle fait cela ? J'assure Françoise que je n'étais pour rien dans cette initiative et qu'en plus je n'en ai jamais rien su.

Cette révélation gâche toute ma joie.

Se souvient-elle du moment  où cela s'est passé ? Elle dit que c'était peu de temps avant mon mariage. Je crois comprendre ;

Quand je suis tombée enceinte, ma mère a certainement pensé que je risquais de confier mon état à mon amie qui aurait pu, par indiscrétion, en parler dans le village.

Il fallait que ma grossesse reste secrète car en 1969, une « Fille mère » comme on disait, était le déshonneur de sa famille.

Françoise ne se montre pas convaincue. Elle s'est refermée. Elle est redevenue froide et distante. La blessure de son cœur vient de se rouvrir.

Son adieu  est si distant que je doute même que ces retrouvailles aient une suite.

 

 

 


 

 

Page suivante  -  Page précédente


 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 16:39

 

 

Quand je suis tombée enceinte d'un garçon que je n'aimais pas, ma vie est devenue chaque jour un peu plus compliquée. C'était comme si j'étais prise dans une vague et que sans cesse les insultes, les vexations et les angoisses ne cessent pas de me frapper de tous côtés.

C'est à peine si j'ai remarqué que mon amie, Françoise, me tournait le dos. J'ai mis cela sur le compte du déshonneur qui aurait pu l'éclabousser. Elle n'avait  que 15 ans, elle ne pouvait pas comprendre, je lui pardonnais.

Suite aux brutalités de mon mari envers ma mère, nous sommes partis précipitamment vivre à Paris. Je n'ai jamais revu Françoise.

Au fil des années, j'ai très souvent pensé à elle, d'autant plus qu'elle me rattachait à des événements heureux. J'espérais  qu'elle fasse un geste (elle avait maintenant la maturité nécessaire pour comprendre) mais je me disais que peut-être elle ne savait pas comment me contacter.

De mon côté, la vie était tellement compliquée, tellement embrouillée, tellement instable qu'à chaque fois que je décidais de faire le premier pas, une catastrophe survenait qui me faisait remettre la réconciliation à plus tard.

Pendant mes années en d'Afrique, la vie étant beaucoup plus tranquille, j'ai beaucoup pensé à elle mais hélas, je m'étais interdit de contacter qui que ce soit de peur d'être trahie.

Je ne pouvais en aucun cas révéler mon adresse à une personne qui était fâchée contre moi et qui du fait qu'elle résidait dans le même village que mes ex-beaux-parents avait la possibilité de me dénoncer à la police. Même sans aller si loin, elle pouvait commettre une indiscrétion qui s'avérerait dramatique pour mon fils et moi.

A mon retour en France, après avoir mis un peu d'ordre dans ma vie, je pensais toujours à elle mais je ne savais comment m'y prendre. J'imaginais qu'elle allait s'étonner que je donne signe de vie après un si long silence.


Il y a quatre ans, après de vaines recherches sur le Net, je lui ai écrit une lettre, chez sa mère mais je n'ai jamais eu le courage de l'envoyer. Je l'ai jetée il y a quelques semaines alors qu'elle traînait toujours au fond d'un tiroir.

Régulièrement, je lançais une recherche sur les sites « d'anciens... ». J'ai fini par la dénicher, il y a un an. J'ai envoyé plusieurs e-mail qui sont restés sans réponse.

Elle disait sur le site qu'elle n'était pas mariée et donnait le nom du village où elle habitait. J'ai trouvé son numéro de téléphone et  après plusieurs essais infructueux, j'ai fini, toute tremblante,  par tomber sur elle un dimanche après-midi.

 


 

 

 


Page suivante  -  Page précédente



 



 

Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 14:33


 

Ils sont partis. Je fais le dos rond. Ne pas en parler, surtout ne pas y penser. Ils doivent être très occupés par leur emménagement. J'ai pris des nouvelles. Ils sont heureux.

Quand Miguel m'appelle, c'est pour demander  : Quand venez-vous chez nous ?
Je comprends bien qu'il est impatient de me montrer sa nouvelle maison mais je n'ai pas envie de lui rendre visite.

J'aspire tellement au calme en fin de semaine que le trajet, le bruit qu'il faudra supporter pendant deux jours me font peur. J'ai peur de craquer !
Je suis tellement lasse...
Douze heures par jour, je suis au service de l'entreprise, les seuls moments dont j'ai envie c'est quand je suis seule sur le canapé avec mon chien et de mon chat endormis à mes côtés.

 

 

 


Une évidence s'impose à moi : parler à mon fils me suffit pleinement. Je n'ai pas envie de le voir ni de voir sa famille. Kate est devenue sèche et distante. Nos rapports sont polis, sans aucune complicité. Surtout depuis que j'ai essayé de la mettre en garde contre le risque que mon fils aille chercher ailleurs ce qu'il ne trouve pas chez lui.
J'ai cru qu'il était de mon devoir de lui dire qu'en refusant systématiquement les rapports sexuels, elle allait perdre son mari. Elle ne m'a pas comprise, elle a toujours pensé que j'étais contre elle. Au lieu de saisi ma main tendue pour éventuellement trouver une solution ou une aide, elle s'est bornée à croire que je soutenais mon fils et peut-être même que je l'encourageais à aller voir ailleurs.


Je n'ai pas d'avantage envie de voir mon petit-fils qui ne manifeste qu'indifférence à mon égard. Petit-à petit je le chasse de mes pensées ce qui m'en éloigne progressivement.  Ce n'est pas pour lui déplaire. Les seuls gestes qu'il me réserve sont pour me repousser. Repousser la main qui le caresse gentiment, se débattre quand je le serre contre moi ou frapper violemment  l'objet que je lui tend. Je connais bien ses regards haineux, j'ignore tout de sa tendresse.

Miguel nous accueille toujours royalement. Il ne sait quoi faire pour nous combler. Malheureusement la mauvaise entente qui règne dans son couple met mal à l'aise.
Kate profite de notre présence pour régler ses comptes avec son mari. Elle ne cesse de bougonner et de commenter avec aigreur tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait.
Elle bougonne sur la vaisselle salie, sur les tâches de sauce qu'il n'a pas essuyées, sur l'emballage qu'il aurait quand même bien pu jeter, etc.

Dans ce climat tendu, le gamin ne manque jamais d'être infernal quand nous sommes là.
Son père le gronde, il pleure,
Son père le punit, il hurle,
Son père hurle, sa mère hurle en prenant sa défense et pour finir,
Ses parents se disputent. Les portes claquent,
Sa petite sœur se réveille et pleure,
Sa mère s'enferme dans sa chambre.

Et nous alors dans tout cela ? Nous n'avons qu'une envie : être ailleurs !


Si nous arrivions à supporter cette épreuve quelques quatre ou cinq heures, je ne suis pas certaine que nous réussissions à tenir pendant deux longs jours.

 


 

 

Page suivante -Page précédente

 


 


 

Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 15:09


 

Je ne peux pas laisser mon fils partir en province sans nous être réconciliés. J’appelle Miguel mais il reste distant. Il est vraiment fâché contre moi. 

Je ne sais pas trop quoi dire. Il est heureux de déménager, je suis très malheureuse ! Sa joie m’agace, ma tristesse le révolte. 

Il me fait comprendre que mon attitude est égoïste. Je dois penser à sa famille, à son bien-être. 

Il est arrivé au fond d’une impasse. Il n’a aucune chance d’évoluer dans son travail, sa femme est épuisée physiquement et moralement par les transports et des horaires démentiels, ses enfants sont en manque d’affection et d’attention. 

En partant en province il compte s’installer à son compte, son épouse aura des horaires beaucoup plus raisonnables, ses enfants auront une grande maison, un grand jardin, un chien et beaucoup plus de loisirs loin du stress de la région parisienne. 

C’est vrai, tout cela, j’en suis consciente mais je ne peux pas m’empêcher d’être triste. Je ne vois qu’une chose, ils partent…  

Miguel dit qu’ils ne partent pas au bout du monde, un peu moins de 400 kilomètres de chez moi. Il a parcouru cette distance en trois heures ! Je peux aussi prendre un abonnement SNCF si je ne veux pas faire de la route… Je devrais être contente au contraire, je vais pouvoir venir me reposer à la campagne… 

Je préfère ne pas répondre. 
 

Qu’il ait mis trois heures un jour dans des conditions très favorables, n’implique pas que c’est le temps normal. Je sais qu’il faut compter au moins une heure de plus pour un retour le dimanche soir avec les embouteillages. Quant au voyage en train, sans compter le cauchemar des bagages et du chien (qui n’est admis ni dans le bus, ni dans le métro) le temps de parcours serait approximativement identique. 

Quand ils habitaient en région parisienne, nous pouvions passer quelques heures ensemble sans pour cela nous retarder dans notre travail (nous profitons souvent du week-end pour exécuter des tâches fastidieuses) tout en nous ménageant un bon temps de repos. 

Nous ne sommes plus jeunes, pour tenir nous devons nous ménager. Deux semaines d’affilé sans même une demie-journée de repos me semble au dessus de mes forces. Sans compter le fatigue engendrée par le « chamboulement » de mon organisation bien rôdée (courses, repas préparés d’avance pour la semaine, repassage, etc.). 

Il faut se rendre à l’évidence, nous ne nous verrons pratiquement plus et j’en suis désespérée.



faches,dispute,désaccord
 

La veille du déménagement, Kate et Miguel viennent dîner avec nous au restaurant où nous les avons invités. Ma tête est vide, je ne trouve rien à dire, mon cœur est trop serré. Miguel est excité, probablement pour cacher son angoisse car au fond de lui il sait bien que ses arguments ne tiennent pas et que nous ne nous verrons plus que rarement. 

Je passe une très mauvaise soirée. Je voudrais à la fois qu’elle se termine vite pour ne pas craquer mais aussi qu’elle ne se termine jamais pour reculer le moment des adieux. 

Je retiens mes larmes. Nous montons dans nos voitures et après un dernier signe de la main, chacun part de son côté. Je me sens vide.

 

  

 

 

Page suivante - Page précédente

 





Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article
5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 17:09

 

Depuis plusieurs mois déjà Miguel et Kate parlent de déménager. Ils en ont assez de la vie à Paris. 

Miguel part le matin très tôt, c’est Kate qui s’occupe des enfants et les conduit à l’école avant d’aller au bureau. 

Miguel les récupère le soir, les baigne, les fait manger et les couche. Kate rentre toujours tard. 

En définitive, ils ne font que se croiser. Le week-end, entre les courses, le ménage, les activités sportives et les anniversaires des enfants, c’est à peine s’ils ont le temps de recevoir des amis ou la famille, histoire de faire quelque chose ensemble. 

C’est la course sans fin bien connue de nombreux couples. Cette vie ne leur convient pas. Ils veulent en changer. 

Pendant les préparatifs, je refuse d’y croire. 

Je peux imaginer de ne plus les voir pendant des mois, mais ce qui me perturbe c’est d’imaginer qu’en cas d’urgence Miguel ne pourra pas venir rapidement à mon secours et inversement. 

Cela je ne peux le concevoir sereinement. Je ne veux pas lui en vouloir. C’est bien normal qu’il cherche à améliorer la qualité de vie de sa famille et surtout à sauver son couple. Ils sont tellement à cran tous les deux qu’ils ne cessent de se disputer. 

Ils se rendent à des entretiens d’embauche. Ils échouent. Je suis persuadée qu’ils ne trouveront pas d’emploi. 

Un jour, folle de joie, Kate m’annonce qu’elle vient d’obtenir un poste. Alors, tout s’enchaîne, Miguel démissionne, ils mettent leur maison en vente. 

Cette fois, c’est certain. Ils vont partir. J’essaie de me contrôler mais ils m’agacent en minimisant les conséquences de cet éloignement. 

Tout à la joie d’avoir concrétisé leur projet, ils tentent de me rassurer en proposant des solutions grotesques : nous pourrons venir en train (ah, oui, avec le chien et les bagages ?) nous pourrons venir nous reposer chez eux (400 kilomètres aller et 400 kilomètres retour dans les embouteillages du dimanche soir, quel repos !) 

Ils savent très bien que nous travaillons très souvent le samedi et le dimanche, il nous est rarement possible de prendre tout un week-end. 

Leur euphorie me fait mal, je finis par m ‘énerver. Je dis à Miguel que je ne viendrai pas les voir, qu’il doit cesser de dire qu’il achète une grande maison pour nous recevoir car nous ne viendrons pas ! 

Miguel et moi sommes fâchés. Pour la première fois !




refuser la verite






Repost 0
Published by Camomille - dans 2007
commenter cet article

Présentation

  • : MA VIE EN PATCHWORK
  • MA VIE EN PATCHWORK
  • : C'est l'histoire d'une vie mouvementée, la mienne avec des joies et des peines. Le poids du silence devenait trop lourd, j'ai souhaité partager mes souvenirs avec d'autres pour qu'ensemble nous apportions des réponses à certaines de mes questions.
  • Contact

Pourquoi ce blog ?

 
 

Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

Recherche

Référencements

Articles Récents

Catégories