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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 14:24
 
 
 
 
 
Miguel et moi sommes logés, chauffés et même nourris. En échange nous subissons vexations, humiliations et insultes.
A table, il y a les morceaux pour eux et les morceaux pour nous, le fromage pour eux et les restes pour nous. Si Miguel prend du beurre mon beau-frère dit : profite bien car bientôt vous n’aurez plus les moyens d’en acheter.
En guise de bénédicité il commence chaque repas par  : " Ici vous êtes en France, c'est fini la belle vie, vous allez devoir travailler, il n’y a plus de boy pour faire votre sale boulot. Ici on dit " bonjour Madame, s’il vous plaît Monsieur, merci Madame et au revoir, Monsieur ".
Il dit que nous devons nous mettre ça dans le crâne.
Quand nous partons en entretien d’embauche, nous avons toujours droit à une piqûre de rappel.

Miguel aussi cherche un emploi en attendant l’appel de l’Armée. Il trouve un poste de surveillant dans une grande surface. Lors de la visite médicale d’embauche, il inventorie tous ses petits bobos : il a mal au dos, au poignet, au genou, etc. Bien entendu, il est déclaré inapte…
Il revient mortellement déçu. Pour lui remonter le moral je le taquine sur sa naïveté, il est inutile de l’accabler d’avantage… Son oncle le couvre d’insultes : c’est un crétin, un fainéant, un incapable, un âne qui n’a rien fait à l’école…
Miguel pleure, il n’en peut plus…

Comme nous avons encore besoin de leur hospitalité, il faut que la rupture vienne d’eux pour qu’ils ne nous mettent pas à la porte. Nous boudons les repas (nous mangeons un sandwich juste avant d’aller chez eux) ma sœur se vexe et dit que nous devons nous débrouiller pour manger chez nous. Elle ajoute que cela nous incitera peut-être à trouver du travail au lieu de faire les " fines bouches ".

Je ne m’explique pas son agressivité, il y a moins d’un mois que nous cherchons…
Nous les évitons et ne les tenons plus au courant de nos démarches.

Ils se rendent compte qu’ils sont allés trop loin. Pour Noël  ils m’offrent une formation sur tableur et traitement de texte.
La clef indispensable pour que je trouve un emploi.
 
 

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13 juin 2006 2 13 /06 /juin /2006 13:45
 
 
 
 

Ma sœur m’entraîne dans une agence d’intérim. Etant " déconnectée " du monde du travail en France, je ne vois pas comment je pourrais être efficace en quelques heures pour effectuer un remplacement…
Je n’imaginais pas ce que ma sœur avait en tête.

Dans l’Agence, elle parle à ma place :
" Que cherchez-vous comme emploi ?
Ma sœur : n’importe quoi…

Cela ne veut rien dire, je ne vais pas vous proposer du conditionnement dans une usine située à 20 kilomètres…
Ma sœur : si, si, elle prend ce travail…

Mais il faut commencer à 6 heures …
Ma sœur : Oui, c’est bien, elle ira…

Il n’y a pas de moyens de transports …
Ma sœur : ça ne fait rien, elle ira en vélo…

En vélo ? mais nous sommes en hiver, c’est en pleine campagne…
Ma sœur : ce n’est pas grave, elle va y aller…

Vous ne demandez pas quel est le salaire ?
Ma sœur : non, elle prend, ce sera toujours mieux que le RMI".

La jeune femme révoltée fait mine de téléphoner à l’employeur et vient dire que la place est déjà prise.

Ma sœur furieuse dit que la fille est une imbécile. C'est à peine si j'ai pu dire un mot.




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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 17:50
 
 
    


Voilà, c’est terminé, je dois reprendre une vie normale.
Ce n’est pas facile. Je me prépare depuis un an à faire de la prison mais je ne me suis pas préparée un seul instant à ne pas en faire.
Je suis une étrangère dans mon pays. Je ne connais plus les règles.

Par nécessité, nous allons rester chez ma sœur. Il ne me reste pratiquement plus d’économies, le report de procès m’a coûté plus de 10 500 francs non prévus et nous avons dû acheter des vêtements d’hiver.

Dès que l’on sait qu’il n’y aura pas d’Appel, je vais m’inscrire à l’ANPE avec ma sœur qui connaît le responsable.
Elle va d’ailleurs continuer à m’accompagner chaque matin. Elle vient frapper à ma vitre, je dois être à l’agence dès l’ouverture pour montrer au responsable (qui se moque bien de moi) que j’ai envie de travailler (sic).
Quand elle ne peut pas venir, c’est mon beau-frère qui vient à l’Agence vérifier que je suis bien là.
Elle sélectionne pour moi les annonces de manutention ou de caissière. Je refuse, je veux trouver un emploi stable en rapport avec mes connaissances.

Malheureusement, mes différents postes de secrétaire comptable n’ont aucune valeur ici; d’ailleurs je sais pas me servir d’un traitement de texte et je ne parle pas de langue étrangère.

Mes certificats de travail n’intéressent personne.
" L’Afrique tout le monde sait ce que c’est : la vie se passe au bord d’une piscine, sous un cocotier à siroter une boisson glacée pendant qu’un boy vous évente ".

J’obtient quelques entretiens qui restent sans suite. Quand je rentre, j’angoisse comme une gamine. Je sais que je vais être humiliée et déstabilisée.

Non seulement mon beau-frère me reproche de ne pas trouver de travail mais il me réclame l’argent de la caution comme si je le détenais.
Il exige que j’appelle mon avocate plusieurs fois par semaine, en sa présence pour réclamer le chèque. Je l’ai surpris une fois à téléphoner lui même.
Il ne faut pas croire qu’il a besoin de cet argent. Il est très à l’aise, s’il réclame c’est uniquement pour exercer son pouvoir.
 

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10 juin 2006 6 10 /06 /juin /2006 16:28
 
 
 



Complètement désorientée je me laisse entraîner par les miens. Mon beau-frère invite tout le monde à dîner mais personne n’en a réellement envie. Nous allons dans le café qui fait face au Palais de Justice.

Je fais part de ma gratitude à mon couple de témoins grâce à qui j’ai été relaxée. Elle m’explique que depuis treize ans les remords la rongent, elle n’a pas cessé de regretter de n’avoir pas révélé ce qu’elle savait. C’est elle qui me remercie de l’avoir appelée comme témoin car je lui ai permis de soulager sa conscience.

Mon beau-frère s’occupe (à sa manière) de mon avocate :
" ça doit vous étonner d’avoir gagné un procès…
Elle : c’est toujours une grande victoire mais en 16 ans de métiers, ce n’est pas la première fois…
Lui : Ah, bon… je croyais…
Elle rougit de colère mais ne dit rien.

Il recommence : "et mes 50 000 F, vous me les rendez quand ?
Elle : ce n’est pas moi qui les ait, il faut attendre que la procédure soit close donc après les dix jours d’appel, ensuite il faut attendre l’enregistrement des actes avant que l’on me rembourse et ensuite je vous rembourserai.
Lui : j’espère que vous n’allez pas faire la fête avec mon argent…
Elle préfère partir en prétextant un rendez-vous urgent. Elle me préviendra dès qu’elle saura quelque chose concernant l’appel.

Seule ma fille a accepté l’invitation à dîner. Ma sœur essaye de l’en dissuader : elle ferait mieux de rentrer tout de suite car ce n’est pas prudent de rentrer seule la nuit puisque Miguel et moi dormons à l’hôtel avec eux.
Le repas est triste, il est clair que la présence de Rosalie importune.

Le lendemain nous rendons visite à ma mère qui ignorait que nous étions rentrés d’Afrique. Nous avions préféré lui épargner l’angoisse du procès. La visite est très éprouvante, je n’ai pas vu ma mère depuis huit ans et son état s’est beaucoup dégradé dans cette maison de retraite où elle vit enfermée dans une petite chambre refusant le contact des autres pensionnaires. Quand nous partons elle dit : Merci mon Dieu, maintenant je peux mourir…

Nous retournons en province.
Miguel va se déclarer à la caserne pour faire son service militaire (les expatriés ne sont pas appelés). Il souhaite s’engager, la vie militaire l’attire. Mon beau-frère est venu avec nous et quand mon fils dit qu’il aimerait apprendre la cuisine mon beau-frère lui crache : tu ne vas quand même pas faire : " marchand de soupe ! ".
Moi je veux bien qu’il fasse " marchand de soupe " pourvu que ça lui plaise… mais Miguel  blessé, se laisse influencer et dit qu’il ne veut plus " faire cuisine ".
Dommage, il a peut-être manqué sa vocation car il est très doué pour la cuisine…

Les dixième et onzième jours, je vis sur la terrasse à l’écoute d’une sonnerie du téléphone. Ce n’est que le lendemain dans la soirée que mon avocate annonce que tout est bien fini : personne n’a fait Appel. Elle a attendu pour être certaine en raison des délais d’acheminement du courrier.

J’annonce la bonne nouvelle à quelques amis d’Afrique qui vont se charger de répandre l’information. J’ai décidé de rester en France.




 

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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 13:08
 
 



Le procureur :
Il rappelle qu’en enlevant mon enfant j’ai commis un acte très grave, que je n’ai pas respecté la loi qui avait ordonné un droit de visite pour le père, etc, etc.
Il dit aussi que l’absence du père au procès traduit plus un désir de revanche que de rapprochement avec son fils, qu’il s’est contenté d’une rédaction qui aurait certainement obtenu une bonne note au BEPC mais qui n’était pas de mise dans ce tribunal,
Considérant les faits qui ont motivé ma fuite, que l’enfant est maintenant âgé de vingt ans et que l’infraction a cessé : il ne demande aucune sanction à mon encontre.

Mon avocate :
Elle résume les déclarations de mes témoins et demande l’abandon des charges qui pèsent contre moi compte tenu de mon exil en Afrique, de l’abandon de ma carrière, de ma famille, de mon pays qui peuvent être considérés comme une peine suffisamment lourde que je me suis infligée par anticipation.

La Présidente me demande si j’ai autre chose à ajouter qui n’aurait pas encore été évoqué. Mon avocate me fait signe de me taire, que tout va bien… " Non, je n’ai rien d’autre à dire ".

Le tribunal se retire pour délibérer. Mon avocate est optimiste, il est rare qu’un tribunal demande une peine plus forte que celle demandée par le procureur… et comme il n’a rien demandé… je risque tout au plus une peine avec sursis.

Après une courte délibération, le tribunal revient. La présidente prononce un tas de choses incompréhensibles pour moi, me regarde et dit : " c’est fini "…
Je serre la barre de toutes mes forces pour ne pas tomber et j’attends la suite. Elle parle à ses assesseurs, il y a plein de bruit dans la salle, des gens partent, son regard se pose de nouveau sur moi qui continue à attendre et elle dit avec un sourire : " c’est fini, vous pouvez partir "…
Je murmure un " Merci " mais je ne comprends pas, ça ne veut rien dire, " c’est fini… " il faut que l’on m’explique…
Mon fils et mon avocate me prennent sous les bras et me sortent hors de la salle.

Il y a plein de monde dans cette autre salle immense, tout le monde me parle, les miens et des gens que je ne connais pas. Je ne comprends rien, je m’agrippe à mon avocate : qu’est-ce que ça veut dire " c’est fini " ?
Il va m’arriver quoi maintenant ?

Rien sauf que le Parquet ou mon " ex " ont dix jours pour faire appel du jugement. En ce qui concerne le Parquet c’est peu probable vu les circonstances, reste " l’ex " qui vit pour ce procès depuis treize et qui va probablement se sentir frustré.
Cependant, comme il n’a pas eu le courage de se présenter, qu’il semblerait que son avocate ignorait les perversités de son client, que son association de pères abandonnés va certainement lui demander des comptes quand elle va apprendre qui il est réellement… on peut penser qu’il ne fera pas appel.

Encore dix jours d’attente et ce cauchemar sera terminé.


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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 10:51




Le témoignage des membres de la famille n’a pas la même importance que celui de personnes étrangères en raison de leur inévitable partialité.


Ma sœur témoigne :
A chaque " droit de visite " James saisissait l’enfant qui se débattait et s’accrochait à tout ce qu’il pouvait en hurlant et en le suppliant de ne pas l’emmener. La scène horrible, les cris et les pleurs du petit arrachaient le cœur et ameutaient tous les voisins.
James bousculait l’enfant, le jetait contre les murs et dans la voiture comme s’il s’agissait d’un sac de linge.
Au retour, l’enfant restait caché sous une table une partie de la soirée et posait inlassablement la même question à sa mère : pourquoi tu le laisses m’emmener ?

L’avocate de James hurle " menteuse ! vous n’avez pas honte de dire des choses pareilles ? " et se fait rappeler à l’ordre.


Ma fille Rosalie témoigne
Elle parle de la peur maladive que Miguel a de son père.
Elle dit qu’il n’a pas été retenu contre son gré en Afrique, bien au contraire puisqu’il a fait deux tentatives de suicide quand je voulais qu’il parte en France pour ses études. Il disait qu’il préférait mourir que de revoir son père.

Miguel est entendu, pas comme témoin, seulement pour information.
Il se souvient de peu de choses, seulement d’une extrême violence et de cris.
Il atteste qu’il a toujours eu la possibilité de rentrer, que jamais je ne l’ai retenu de force ni exercé une quelconque pression pour qu’il reste.

L’avocate adverse, malgré de nombreux rappels à l’ordre, ne cesse d’émettre des bruits, s’exclame, ricane, hurle que tout cela n’est qu’un tissu de mensonges, que j’ai manipulé tout le monde…


Mon couple de témoins.
.
Elle ne se contente pas de raconter. Elle cite mot pour mot les questions que l’enfant posait sur la normalité ou non d’accouplements à plusieurs.
Elle ne commente pas : elle répéte les mots exacts de l’enfant…
Cette façon de faire nous fait imaginer le petit de six ans qui a vu et a participé à des jeux érotiques. Autant de détails et de précisions impliquent que l’enfant faisait partie de ces jeux, qu’il était là pour répondre aux fantasmes de ces adultes dont l’un était son père biologique.

Lui ajoute que l’enfant lui a demandé s’il mettait son zizi dans la bouche de sa femme et avec qui il " jouait " quand son épouse n’était pas là…
Les trois juges restent muettes, il n’y a pas un bruit dans la salle, tout le monde est sous le choc. Le procureur, l’huissier, la greffière… restent les yeux fixés sur ce couple.
La Présidente leur demande si à l’époque ils m’ont informée. La réponse est non car d’une part nous n’entretenions aucune relation et ma mère leur avait interdit disant que j’avais déjà suffisamment de problèmes.
L’ambiance est très lourde. Les larmes coulent sur mes joues. Je n’ai donc pas fait tout cela pour rien, ce que je soupçonnais était donc bien réel… Merci mon Dieu de m’avoir donné la force d’arracher mon enfant à cette horreur !

L’avocate de mon " ex " quitte discrètement la salle… A t-elle compris qu’elle a perdu ou n’était-elle pas au courant des jeux pervers de son client ? Je ne le saurai probablement jamais…



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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 12:24
 


 
 
 
Quand j’ai terminé, la Présidente donne la parole à l’avocate de mon " ex ".
Elle attaque d’une voix rocailleuse et tonitruante  : " Mais alors, Madame Camomille ne fait pas confiance à la justice de son pays ? "

C’est la phrase qui tue, c’est nul, mais ça marche… La présidente me regarde interrogative.
Je suis en colère, qu’est-ce que cela a à voir avec mon affaire ?

" J’ai confiance en la justice de mon pays, si je n’avais pas confiance, je ne serais pas là car rien ne m’obligeait à revenir (la Présidente hoche la tête en signe d’accord), si je me suis sauvée c’est parce que les faits se sont produits à une époque où on n’écoutait pas encore la parole des enfants. J’ai cherché comment protéger mon fils mais je n’ai pas trouvé d’autre solution que la fuite ".
Mes juges et le procureur échangent un regard, je vois qu’ils sont d’accord avec ce que je viens de dire.

L’avocate n’a pas d’autre question, elle annonce qu’elle va lire un message que son client et son épouse ont rédigé à l’attention de Miguel.
Elle lit une très longue lettre dans un style emphrasé qui dit que par ma faute Miguel n’a pas eu la possibilité de les aimer alors qu’avant qu’il soit enlevé ils étaient très bien ensemble.
La Présidente est agacée par cette lecture qui n’en finit pas et dont on ne voit pas le but. Elle finit par interrompre la lectrice disant qu’on a bien compris le sens de la lettre.

Le procureur s’étonne que cet homme qui m’a poursuivie sans relâche pendant treize années dans l’espoir disait-il de revoir son fils et de se venger, ne soit pas là quand il a enfin l’occasion de voir ses vœux exaucés…
L’avocate répond : " il n’a pas eu le courage d’affronter le regarrrrrrrrrrrrrrrd de Madame Camomille "… cette réponse et le ton employé laissent le tribunal perplexe…et amusé.

A ce moment j’ai le sentiment que les choses tournent à mon avantage... mais le procès n’est pas fini.




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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 17:09
 
 
 

Mon avocate n’a cessé de dire que se présenter libre au procès changerait beaucoup les choses… Je comprends maintenant pourquoi.
J’apprécie de pouvoir attendre l’heure de l’audience avec " les miens " dans le bistrot qui fait face au Palais en sirotant un café, peut-être le dernier dans ces conditions avant longtemps.

Nous entrons par la grande porte, nous traversons les salles aux plafonds immenses que l’on connaît grâce au cinéma. Je parts avec mon avocate nous faire enregistrer par l’huissier.

Je vais m’asseoir dans la salle " comme tout le monde ". et j’attends.
Mon " ex " n’est pas là mais il est représenté.
Les deux avocates ne s’aiment pas, celle mandatée par James défend une association de pères. Ce n’est pas bon pour moi… Elle doit avoir une grande expérience sur le sujet.
La salle est bientôt pleine. Le tribunal entre et rend des conclusions sur des audiences précédentes. L'huissier appelle mon dossier, mon avocate et mes témoins s’approchent du tribunal, pour les vérifications d’identité puis ils sortent.

Je suis appelée " à la barre ". Là je comprends vraiment ce que l’avocate a dit. Je suis à cinq ou six mètres de la Présidente, de ses assesseurs et du Procureur. Je les vois vraiment : je peux suivre les expressions de leur visage et ils peuvent suivre les miennes. C’est très important car mon dossier repose sur les sentiments et les émotions…
Je suis persuadée que comparaître libre comme une personne ordinaire inspire moins d’à priori qu’une femme tronc, dans un box au fond de la salle encadrée par deux gendarmes.

Après les vérifications d’identité et des motifs de l’inculpation, la Présidente me demande de confirmer si je plaide coupable… Cette procédure devient courante en 2006, mais ne l’était pas en 1991.
En plaidant coupable je reconnais les faits dans leur intégralité : j’ai enlevé mon enfant, empêchant au père d’exercer son droit de visite et je savais que c’était un délit répréhensible par la loi.
La Présidente me demande si je regrette :
" Non seulement je ne regrette pas mais si c’était à refaire je le referais ".
Il y a un grand silence… A ce moment mon avocate baisse la tête, accablée. Elle pense que tout est perdu, que je suis complètement folle d’avoir dit cela…

La Présidente me demande d’expliquer mon acte à la Cour. Troublée par mon audace précédente car j’ai bien senti que cela avait fortement déplu au tribunal, je n’arrive pas à parler, je bafouille, ma tête est vide…
La Présidente m’aide en lisant quelques mots de la lettre que j’ai adressée d’Afrique au juge d’instruction. Elle pose des questions, le dialogue s’établit.
Je raconte les coups, la peur, les menaces... je perds la notion de temps, j'oublie l'endroit où je suis, enfin je termine en disant que j'ai fait tout cela pour sauver mon fils car il n'y avait pas d'autre solution.
Les trois femmes m’ont écoutée avec attention sans faire de commentaire.

La présidente me demande si j'ai terminé et dit de m'asseoir.

Mon audition est terminée.



 
 
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5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 11:32

 


Nous nous quittons en prenant rendez-vous pour la prochaine audience qui aura lieu dans quatorze jours. Je m’apprête à partir avec mes deux enfants mais mon beau-frère exige que je vienne avec lui - tout de suite. Il a versé 50 000 F de caution et il me croit capable de me sauver en Afrique…
Il faut l’intervention de mon avocate pour qu’il me laisse passer la nuit chez ma fille et récupérer mes affaires. J’entrevois déjà la contre partie de son accès de générosité…

Nous passons une soirée morose. L’issue du procès est toujours inconnue, je n’ai pas réussi à discerner si la Présidente m’est hostile ou non. S’il est vrai qu’elle m’a accordé la liberté sous caution, elle a bien fait sentir qu’elle n’a pas aimé que je me joue des services de police qui m’ont attendue à l’aéroport. 
La perspective d’aller vivre chez mon beau-frère ne m’enchante pas, mais c’est quand même beaucoup mieux que de passer quatorze jours en prison. Je regrette que sa façon de faire ait transformé en humiliation ce qui devrait être une immense gratitude.

Dès le lendemain je pars avec Miguel dans une ville à deux cents kilomètres de Paris. Nous nous installons dans un petit appartement que ma sœur appelle le studio de passage. Nous sommes indépendants (enfin presque) car ma sœur et mon beau-frère nous épient sans arrêt.
Ils ont fixé les règles. Nous devons prendre tous nos repas chez eux. Nous n’avons pas de clef. Pour sortir nous devons passer par la terrasse et traverser leur appartement. Ils nous demandent où nous allons et trouvent des prétextes pour nous accompagner…

En vue de la prochaine audience, mon avocate s’assure que cette fois mon "ex" est bien averti. Elle tente de lui faire rencontrer son fils dans un but d’apaisement mais il refuse.

Le jour du procès arrive, nous partons la veille, mon beau-frère prend deux chambres communicantes dans un hôtel. 




 
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3 juin 2006 6 03 /06 /juin /2006 13:05
 
 
 


En attendant que les formalités de sortie soient accomplies, les policiers me passent les menottes et me ramènent en cellule. En tout premier lieu, la caution doit être payée. 
Dans les escaliers, je tiens moi-même la partie rigide des menottes, les policiers se contentent de m’encadrer.

En arrivant en cellule, la sœur vient aux nouvelles. Elle se réjouit que je sois libre puis s’inquiète car il est tard, après 18 heures le poste de police est fermé : plus personne ne sort.
L’attente recommence, interminable. Mon beau-frère a fait le chèque, l’avocate a demandé à son étude qu’on lui apporte un chéquier. Le chèque doit être obligatoirement tiré sur un compte spécial : la CARPA. La personne qui apporte le chéquier est prise dans une manifestation et n’arrive qu’à dix sept heures quinze. L’avocate a supplié pour que le greffier attende jusqu’à cette heure. Le temps d’enregistrer le paiement, de faire donner l’ordre de libération, il est dix sept heures trente…

Pour moi l’échéance de dix huit heures est proche. Dans quelques instants un fourgon va venir chercher les femmes qui sont placées en détention. Si l’ordre de libération n’arrive pas, je serai du voyage.
La sœur vient tout juste de recevoir l’appel annonçant que je suis autorisée à sortir quand le fourgon se présente. Les filles sont emmenées, je dois attendre que les formalités d’embarquement soient terminées.
Je suis amenée au poste de police pour " la levée d’écrou ". Les documents sont contrôlés, j’ai peur que quelque chose n’aille pas, mais tout est en règle.
On me rend le sac avec mes affaires, je signe un reçu. Je n’ai qu’une idée : SORTIR.

La porte se referme derrière moi, je me trouve dans une cour intérieure, au bout d’un porche j’aperçois les personnes qui sont venus à mon procès, mon fils et mon avocate devant. Alors que j’avance, mon fils s’élance vers moi. J’entends les claquements des fusils que l’on arme, les gardes qui me tournent le dos visent mon fils. Le temps s’arrête… Il s’est immobilisé en montrant ses mains ouvertes, je n’ose plus bouger… la tension retombe, les armes se baissent.
Là, c’en est trop ! Je reste au milieu du passage. Je n’ai plus ni la force ni l’envie d’avancer, je pleure comme une gosse, bruyamment.
On me prend par les épaules et on m’amène vers la rue. Les gardes ont autorisé mon avocate à venir jusqu’à moi.

Tout le monde m’embrasse, me raconte : les recherches dans le Palais de Justice, le chéquier qui n’arrivait pas, les manifs, l’idée géniale de mon beau-frère. Tout le monde commente ses émotions mais personne ne me demande si j’ai quelque chose à dire.
 
 
 
 
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Présentation

  • : MA VIE EN PATCHWORK
  • MA VIE EN PATCHWORK
  • : C'est l'histoire d'une vie mouvementée, la mienne avec des joies et des peines. Le poids du silence devenait trop lourd, j'ai souhaité partager mes souvenirs avec d'autres pour qu'ensemble nous apportions des réponses à certaines de mes questions.
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Pour parler ! pour dire enfin ce que tout le monde me conseille de taire.

« c’est du passé, tout cela, il faut tourner la page, regarder vers l’avenir, etc… » s’il suffisait de dire « c’est fini », je l’aurais fait. Malheureusement ça ne se passe pas comme ça. Parler fait du bien. Rencontrer d’autres personnes qui souffrent aide à guérir. Si vous voulez lire mon histoire, cliquez sur le lien suivant :

 

 


J'ai créé une catégorie supplémentaire :

La médecine et moi 

Une rubrique indépendante dans laquelle je parle de mes relations conflictuelles avec la médecine et de ma façon personnelle de me soigner.


 

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