J’ai oublié une chose importante, fin septembre, notre meilleur employé, Manu, a démissionné.
Nous pouvions comprendre sa décision. Personne à sa place, n‘aurait hésité devant l’opportunité d’un poste en Mairie qui lui était
offert et sa position aléatoire dans notre entreprise. L’entreprise était en passe d’être vendue et il était humilié d’être cédé comme un meuble. D’autre part, si la vente ne se faisait pas
rapidement, compte tenu des difficultés financières, il irait bientôt pointer au chômage.
Nous comprenions bien, même si cette démission était une catastrophe.
Comment faire pour assurer les commandes avec seulement un employé qui contrairement à Manu, n’était pas polyvalent ? Il faudrait
du temps pour former une autre personne, très longtemps pour qu’elle égale un Manu !
Ce départ imprévu compromettait gravement la vente car Manu était la mémoire de l’entreprise et une grande partie de son savoir
faire.
Pourtant, malgré notre tristesse et les soucis que cela engendrait, la séparation aurait pû se faire dans les meilleures
conditions.
Ce qui nous a encore plus surpris que la démission, c’est le revirement soudain de cet homme. En sept ans nous nous étions attachés à
lui, nous lui avions accordé toute notre confiance.
A l’instant même où il a annoncé sa démission, son attitude changea. Tout dans son attitude exprimait la haine. Malgré cela, Mick
essaya de le retenir au moins un mois de plus pour assurer une passation de service correcte mais Manu lui tourna le dos en ricanant avec mépris.
J’étais moins surprise que mon époux car j’avais senti un changement d’attitude depuis la reprise de septembre. Manu affichait un
désintérêt certain pour l’entreprise et j’avais surpris des sourires mal à propos.
Le jour même de sa démission, il se mit à chanter à tue-tête dans l’atelier, des bribes de chansons qui lui permettaient de nous crier
ses sentiments. Il s’attendait sans doute à une réaction, il n’y en eut pas ce qui eut pour effet d’augmenter sa colère.
Il était devenu agressif, hargneux, méprisant, montant l’autre employé contre nous, essayant de le persuader de partir afin que nous
nous trouvions sans personnel.
Nous avions un mois pour trouver un remplaçant en tenant compte du fait qu’il ne faisait pratiquement plus rien et que nous craignions
un sabotage.
La personne que nous avons sélectionnée était loin de convenir mais nous n’avions pas le choix. Manu devait lui faire une formation et
les jours filaient rapidement.
Le « nouveau » devait apprendre à faire de la gravure numérique alors qu’il ne connaissait que la gravure mécanique et
n’avait pratiquement jamais utilisé d’ordinateur ! Il faut ajouter à cela que Manu faisait tout pour le décourager conseillant vivement d’aller ailleurs, disant que nous étions des
arnaqueurs et que la société, au bord du gouffre, ne tiendrait pas trois mois.
Manu profita de son temps de préavis pour alerter nos clients contre nous. Sans lui, l’entreprise était finie, nous étions au bord du
gouffre, les clients devaient faire vite pour trouver un autre fournisseur…
Bien entendu, les clients, voulant être rassurés, s’empressaient de nous téléphoner.
Malheureusement pour Manu et heureusement pour nous, ces manœuvres destructrices n’eurent aucun effet sur les commandes.
Le seul effet, bien réel cette fois, c’est que Mick et moi avons beaucoup souffert. Même encore aujourd’hui, quand nous évoquons Manu
c’est avec beaucoup d’amertume.
Un tel échec humain me fait comprendre le comportement impersonnel de mes chefs d’antan. Il est probable qu’ils aient connu pareille
mésaventure et qu’ils se soient forgé une armure en conséquence.
Mimosas en fleurs au Guilvinec
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Publié dans : 2009
Vendredi 4 mars 2011
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16:45
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